Comment is on the way. (Translation included at the end)




Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr – Texte et photos compilé par motorracinghistory.com
Le Sport Universel Illustré – 2e Année, 28 August 1897
PARIS-TROUVILLE – AUTOMOBILES
NOUS avons déjà résumé en quelques lignes la physionomie de la course d’automobiles Paris-Trouville, organisée par notre confrère le Journal.
Peut-être cependant le mot organisée est-il un peu ambitieux. Rarement course l’a été si peu et les concurrents se sont débrouillés un peu au petit bonheur. Va comme je te pousse! ou plutôt comme je ne te pousse pas. Le départ s’est effectué à peu près sans officiels, l’arrivée de même. Il paraît que la princesse de Sagan, avait offert un dîner superbe à nos chauffeurs à l’arrivée. Mais comme les officiels avaient oublié de les en prévenir, la princesse n’a vu venir personne et s’est vue dans la nécessité de dîner seule, cependant que nos chauffeurs erraient parmi Trouville et Deauville, d’hôtels en hôtels pour finir dans la maison qui, comme les autres, les devait royalement estamper.
Des mécaniciens et des chauffeurs venus à Trouville en ouvriers cote et bourgeron bleus ont été désagréablement surpris en constatant le prix des vivres. Une carafe de cidre et un beefteack valaient couramment six francs. Le reste à l’avenant.
La course n’en a pas moins obtenu un réel succès au point de vue surtout des vitesses réalisées. Si l’on songe que le vainqueur M. Jamin — qui avait déjà gagné Paris-Dieppe a parcouru les 173 kilomètres de Saint-Germain à Trouville en 3h 46m 56s et que l’express met un peu plus de 4 heures, on jugera que la performance de la voiturette victorieuse n’est pas à dédaigner. M. Jamin qui la pilote est un minotier du Mans, petit, boulot, avec un air joyeux. Il doit posséder un riche coup d’œil et un coup de barre superbe. Sa voiturette à une place doit aussi posséder un moteur — 5 chevaux — qui rend à la perfection, d’une façon à la fois régulière et prodigieuse.
Il est d’ailleurs à remarquer qu’à part la voiturette de M. Jamin les véhicules légers connus sous le nom de motocycles se sont assez mal classés dans l’épreuve. Le second n’arrive que cinquième.
Le second arrivé avec le temps compensé était le premier parti M. Gilles Hourgières qui vient lui aussi de gagner par deux fois sa catégorie dans Paris-Dieppe et dans Paris- Trouville. M. Hourgières pseudonyme sous lequel se déroba un de nos meilleurs sportsmen, et triomphateurs à bicyclette, est d’une famille de notaires, ce qui semblerait à première vue le montrer pacifique et calme. Pas du tout, il file comme une tempête, courbé en deux, ne laissant émerger que sa face un peu pâle hérissée d’énormes lunettes. A côté de lui un petit groom minuscule trompe et trompette sans cesse. Le tout file à 44 à l’heure.
M. Lemaître le troisième est un champenois d’Ay, la patrie du bon vin dont il a la vivacité et la spontanéité. Il a déjà fait ses preuves aussi, entre autres dans Marseille-Nice où il fut le premier des pétroliers.
Le comte de Dion qui arrive quatrième est l’apôtre de la vapeur. Il pilote le breack avec lequel le comte de Chasseloup-Laubat enleva Marseille-Nice. Malheureusement et c’est le grave défaut de la vapeur, il lui faut s’arrêter en route pour prendre du combustible. C’est ce qui explique comment le comte de Dion toujours en tête au début est toujours battu sur la fin. Il paraît premier à Evreux et lorsqu’il fut devancé par ses concurrents pétroliers, il alimentait son breack.
Citons encore parmi les concurrents le sixième M. de Knyff qui entraîna Rivierre dans Bordeaux-Paris et qui devait changer de véhicule et le vingt-troisième Charron l’ancien champion de France bicycliste qui a été victime d’un accident de pneumatique.
Comme on le verra un grave accident, le premier des courses d’automobiles est arrivé au tricycliste Viet, qui avait gagné en août le Critérium des motocycles et qui a fait une chute terrible dans la descente de la Rivière-Thibouville.
Passons au détail de la course :
L’itinéraire était le suivant: Saint-Germain (grille d’Hennemont), Mantes, Bonnières, Pacy-sur-Eure, Evreux, La Rivière-Thibouville, Lieurey, Cormeilles, Pont-l’Evêque, Trouville. Arrivée au pont de Deauville. 173 kil. 500.
Les souscriptions pour cette course avaient atteint le total de 11.990 fr., auxquels il convient d’ajouter le montant des entrées, à savoir 31 à 50 fr. et 32 à 20 fr., soit 2.170 fr. C’est donc un total de 14.150 fr. qui, une fois les frais prélevés, a été réparti entre les concurrents. Le premier prix des voitures est fixé à 5.000 fr. qui sont revenus à M. Gilles Hourgières.
Les cyclistes s’étaient rendus en masse à Saint-Germain. La balade n’était pas à dédaigner : le temps était superbe, ensoleillé, pas trop chaud, et par les champs et par les routes courait l’âcre parfum de pétrole exhalé par les automobiles et les motocycles gagnant prestement la grille d’Hennemont.
Au point de départ et à ses alentours, c’était un fouillis très pittoresque. Des deux côtés de la route sont rangés les concurrents; à droite les voitures, à gauche les motocycles. Entre eux, dans l’étroit chenal où circulaient les officiels et les badauds qui se plaisent à cette exposition gratuite d’automobiles, allaient et venaient des nuées de cyclistes, se frayant le passage à coups de « hep là-bas » formidables, après des séances d’équilibre prodigieuses.
Sur les talus de la route, des paysans, bouches bées, yeux écarquillés, accourus au saut du lit et mal éveillés, contemplaient ahuris ces véhicules qui marchent tout seuls. Loin dans les prés, chevaux et bêtes à cornes s’étaient enfuis épouvantés, tandis que dans des chemins de traverse, très précautionneusement, on a caché les équipages attelés des peureuses nobles bêtes.
LE DÉPART
— Dix heures ! Partez !
Et la première voiture, le n° 1, M. Gilles Hourgières s’élance.
La volée est donnée aux concurrents qui, en vertu du règlement, —en voilà un que je réprouve!
– se mettront en marche de minute en minute, une voiture et un motocycle ensemble.
L’ACCIDENT DE VIET
Un des concurrents a fait à la Rivière-Thibouville une terrible chute. C’est M. Viet qui montait le tricycle no 10.
L’accident est survenu parce que le virage qui est à la descente de la Rivière-Thibouville a sa pente à l’envers. La déclivité de la route va du petit côté vers le grand, c’est le contraire de tous les virages habituels. Cette disposition a été prise par les ingénieurs qui firent la route à une époque où l’on ne prévoyait pas les vitesses actuelles, pour faciliter l’écoulement des eaux pluviales.
Il est très regrettable qu’on n’ait pas songé à placer, comme cela s’est fait pour d’autres courses notamment pour celle de Marseille-Nice cet hiver, un homme avec un drapeau rouge à l’entrée du passage dangereux, cela eût évité cet accident qui du moins n’aura pas eu les conséquences graves qu’on avait redoutées tout d’abord.
La morale de l’histoire, c’est que lorsqu’on organise une course sur route, on ne saurait prendre trop de précautions et qu’il faudrait ne confier le soin de régler les préliminaires d’une épreuve de ce genre qu’à des gens absolument du métier, on risque sans cela de faire casser la figure de braves garçons et de compromettre en même temps la cause que l’on veut servir.
Le blessé a été relevé dans un très piteux état. Il avait le crâne fracturé, les dents brisées, le corps couvert de contusions affreuses. Il avait perdu connaissance sur le coup.
Le premier qui lui ait fait porter secours est M. Lemaître qui a envoyé chercher un médecin, puis a continué sa route.
Le comte de Dion s’est également arrêté ici pour prendre des nouvelles du blessé. Il a ainsi perdu beaucoup de temps.
Dans la soirée le comte de Dion est arrivé ici sur son break, venant de Trouville, en compagnie d’un chirurgien.
M. Viet est ensuite revenu à Paris et ne paraît avoir trop souffert de ses blessures. Gageons toutefois qu’en voilà un qui se souviendra du danger des courses sur route à une vitesse excessive.



L’ARRIVÉE
Le premier arrivé était comme nous l’avons dit M. Jamin qui était parti avec le numéro 56 et par conséquence l’un des derniers. M. Gilles Hourgières arrivait peu après suivi de MM. Giraud et de Dion.
Voici d’ailleurs le classement général :
I. n° 56 Voiturette, montée par M. Jamin, 3h 48m 56.
2. » I Voiture à 2 places, montée par M. Gilles Hourgières, 4h 16m 3s.
3. » 9 Duc, monté par M. Lemaître, 4h 17m 40s.
4. » 21 Break à vapeur, M. de Dion, 4h 26m 25s.
5. » 60 Voiturette, montée par M. Manceau, 4h 26m 59s.
6. » 33 Voiture, montée par M. de Knyff, 4h 31m 10s.
7. » 23 Voiture, montée par M. Giraud, 4h 37m 20s.
8. » 10 Tricycle, 4h 44m 25s.
9. » 54 Bicyclette, 4h 57m 25s.
10. » 13 Voiturette, montée par M. de Bertier, 4h 59m 2s.
11. » 43 Voiture à 2 places, M. Mors, 5h 6m.
12. » 28 Tricycle, monté par M. Bertrand, 5h 1m 55s.
13. » 8 Tricycle, 5h 13m 48s.
14. » 4 Tricycle, monté par M. Pihan de la Forest, 5h 13m 56s.
15. » 58 Tricycle, monté par M. Lamberjack, 5h 14m 45s.
16. » 16 Bicyclette Osmond, 5h 34m 50s.
17. » 46 Tricycle, monté par M. Emile Chesnay, 6h 2m 20s.
18. » 22 Tricycle, monté par M. Guyennet, 6h 17m 15s.
19. » 47 Voiture, montée par M. Michelin, 6h 17m 25s.
20. » 36 Tricycle, monté par M. Thévin, 6h 40m 45s.
21. » 25 Duc, M. Richard, 6h 57m 35s.
22. » 7 Voiture, montée par M. Cauvin-Lowinski, 7h 57m.
23. » 17 Voiture, montée par M. Charron, 7h 15m 6s. 24. » 26 Voiturette, montée, par M. Girardot, 7h 15m 15s.
LE DÉFILÉ
Le lendemain le défilé des voitures commençait dans Trouville. Les voitures étaient peu nombreuses, une quinzaine au plus, car beaucoup de chauffeurs, effrayés par la pluie de la veille, avaient déjà repris le chemin de Paris.
C’était le jour des régates de Trouville. Il y avait donc une très grande animation sur la plage. Les voitures, dont la plupart étaient très coquettement décorées de fleurs très fraîches, se sont promenées dans Deauville d’abord, dans Trouville ensuite. Leur promenade sur les planches a été amusante à cause de quelques ensablements, mais tout s’est fort bien passé.
Parmi les chauffeurs ayant pris part au défilé, citons MM. Jamin, Gilles Hourgières, Charron, Boson de Talleyrand, de Chasseloup-Laubat, de Knyff, Marcotte, Prévost, Gauthier Wehrlé, Lemoine, Serin, etc.
Par une regrettable coïncidence qu’on aurait pu facilement éviter, le cortège fleuri s’est croisé avec le convoi funèbre du malheureux maître baigneur Costé qui s’est noyé l’autre jour en sauvant un jeune homme et qu’une foule très nombreuse a tenu à accompagner à sa dernière demeure.
Voilà encore une épreuve annuelle sur la planche. Les Trouvillais pur sang, il paraît qu’il en existe et que j’avais tort de croire qu’il n’y avait à Trouville que des Parisiens, ont l’air de ne pas être aussi sympathiques aux automobiles que les Dieppois. J’enregistre le fait sans en voir l’explication. Adieu Trouville. Comme les cartes au baccarat, les automobiles passent, les automobiles sont passées.
FRANTZ REICHEL
Photos.
Page 445. LA VOITURETTE A PÉTROLE DE M. JAMIN / LE BREAK A VAPEUR CONDUIT PAR LE COMTE DE DION.
Page 446. M. Michelin – M. Thévin – M. Marcel Cahou – M. Mors — LE BREAK A VAPEUR DIRIGÉ PAR M. BOUTON / LA WAGONNETTE DE M. E. GIRAUD, 5e DES VOITURES, EN 4h 37m 20s
Page 147. L’ARRIVÉE A TROUVILLE : M. Jamin – M. Gilles Hourgières, – 1er des voituristes, en 4h 16m 3s / LE VAINQUEUR DF PARIS-TROUVILLE, 173 KIL. EN 3h 48m 56s. / M. JAMIN, SUR SA VOITURETTE A PÉTROLE.
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