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Voitures Automobiles, Les Lauréats du Concours du „Petit Journal“ – La Nature – 25 August 1894

In this second of two articles in the scientific magazine La Nature on the 1894 Concours, the journalist E. Hospitalier describes the vehicles that won in one of the difference categories. There were the gasoline-powered Panhard-Levassors, the Peugeots. The gasoline-powered cars of Vacheron (the only with a steering wheel instead of a steering tiller) and Lebrun. The steam-powered De Dion & Bouton Victoria style vehicle; the one of Maurice le Blant and of Scotte.
(Separate translation under the same article name, extended with „Translation“)

Texte et photos avec l’autorisation de Conservatoire numérique et des Arts et Métiers,  cnum.cnam.fr
Text and fotos compiled by motorracinghistory.com

La Nature, Vol. 22, deuxième semestre, No. 1096, 25 août 1894

VOITURES AUTOMOBILES
LES LAURÉATS DU CONCOURS DU „PETIT JOURNAL“

   Pour compléter l’article général que nous avons publié précédemment (1), il nous a semblé utile et intéressant de reproduire des photographies (2) représentant les voitures primées, en les accompagnant d’une description sommaire faisant ressortir les dispositions principales de chaque système ; nous adoptons pour notre classification l’ordre même des récompenses si judicieusement décernées par le Petit Journal.

   Nos 15 et 64. Voitures à pétrole de MM. Panhard et Levassor, deux places et quatre places (1er prix ex æquo, partagé avec les fils de Peugeot ; 2500 francs). Nous reproduisons deux seulement des quatre voitures présentées au concours et arrivées toutes à Rouen en moins de onze heures (fig. 1 et 2, p. 200). Toutes ces voitures utilisent le moteur à gazoline du système Daimler à deux cylindres, placé à l’avant du véhicule, et rendu ainsi très facilement accessible. Ce moteur, dont l’axe est parallèle à celui de la voiture, tourne à une vitesse angulaire constante de 700 tours par minute et actionne les roues d’arrière par un embrayage à friction et un train d’engrenages qui permet de marcher à trois vitesses normales différentes d’environ 6, 12 et 18 kilomètres par heure. Les vitesses intermédiaires s’obtiennent par un glissement du cône d’embrayage habilement manœuvré par le conducteur à l’aide d’une pédale. Le frein, très puissant, du système Lemoine, est commandé par une pédale. Ce frein agit sur l’axe intermédiaire, ce qui évite l’usure et le décollement des bandages en caoutchouc dont les roues de la voiture sont souvent munies. En cas d’urgence, ou pour des pentes rapides, on agit directement sur les roues à l’aide d’un frein à sabot commandé par un levier disposé sur la droite de la voiture, tout à portée de la main du conducteur. La manœuvre des freins débraye automatiquement le moteur qui continue à tourner malgré l’arrêt de la voiture. Nous aurions beaucoup d’autres dispositions ingénieuses à signaler à propos de la direction, de la mise en marche du moteur à gazoline, du carburateur, du procédé d’étouffement du bruit produit par l’échappement ; mais la place nous fait défaut, et nous ne pouvons dire que quelques mots sur l’ensemble du véhicule.
   Le poids d’une voiture à deux places, en ordre de marche, est d’environ 700 kilogrammes ; il atteint 800 kilogrammes dans les voitures à quatre places. La puissance du moteur des premières est de 240 kilogrammètres par seconde, celle des moteurs des voitures à quatre places de 280 à 500.
   Le refroidissement des cylindres du moteur est assuré par une circulation d’eau renfermée dans un réservoir de 40 litres de capacité. Cette eau s’échauffe et se vaporise, surtout pendant l’été, aussi faut-il la remplacer à raison de 7 à 10 litres par heure de marche. L’essence de pétrole ou gazoline employée par le moteur Daimler a une densité de 0,7 à 0,705; le réservoir qui la contient et placé à l’avant subit pour un parcours de 80 kilomètres, mais on peut faire plus de 500 kilomètres en disposant un réservoir supplémentaire à l’arrière. La consommation moyenne est d’environ 1 litre pour 10 kilomètres.
   Il ne nous appartient pas de faire ici l’éloge des voitures de MM. Panhard et Levassor, et d’insister sur leurs qualités : commodité, vitesse, endurance, confort, etc. Le résultat du concours parle pour nous.

   Nos 50 et 65. Voitures à gazoline de MM. les fils de Peugeot frères, fiacre à trois places (fig. 5) et phaéton à quatre places (fig. 4). (1er prix, ex æquo, partagé avec MM. Panhard et Levassor : 2500 francs). La voiture à pétrole de MM. Peugeot a été décrite dans La Nature (1). Nous n’avons donc pas à y revenir. La principale différence, entre les voitures de MM. Panhard et Levassor et celles de MM. Peugeot, réside dans la place assignée au moteur qui est, ici, monté à l’arrière. Les qualités de ces voitures sont équivalentes à celles des voitures avec lesquelles le premier prix a été partagé.

   N° 4. Voiture à boggie genre Victoria, de MM. de Dion, Bouton et Cie (2e prix, 2000 francs). — Le système présenté par MM. de Dion, Routon et Clc peut être classé parmi les locomotives routières dont on vit quelques spécimens, il y a une trentaine d’années, avant l’invention des tramways. Cette locomotive ou tracteur (fig. 5) porte à l’arrière un cercle d’avant-train monté sur ressorts — c’est la cinquième roue classique des Américains—et destiné à recevoir l’avant-train d’une voiture quelconque après en avoir supprimé le train d’avant.
   Le tracteur, muni d’une chaudière multitubulaire à circulation du système de Dion, Bouton et Cie, alimente un moteur d’une puissance de 20 chevaux, moteur Compound qui peut devenir à admission directe dans les passages difficiles. Le tracteur en ordre de marche pèse 2000 kilogrammes et porte un approvisionnement de 80 kilogrammes de coke et 400 kilogrammes d’eau. La commande est faite par un système d’arbres articulés à la Cardan qui traversent les fusées et commandent les roues par l’extérieur, laissant ainsi les roues obéir à tous les accidents de terrain, et les ressorts fléchir sans solidariser leurs mouvements respectifs qui restent ainsi parfaitement indépendants.
   En traînant 4000 kilogrammes, le tracteur peut atteindre une vitesse de 50 kilomètres par heure en terrain plat et favorable, et 18 kilomètres par heure en remontant une côte de 8 à 10 pour 100. Des tracteurs plus puissants et moins rapides disposés sur le même principe peuvent traîner jusqu’à 10 000 kilogrammes à une vitesse de 8 kilomètres par heure. Ce système pourra rendre des services à la guerre pour le transport des munitions et approvisionnements pour le gros camionnage, les voitures de déménagement, etc. Dans la course de Paris à Rouen, le tracteur de Dion, Bouton et Cie est arrivé le premier, montrant des qualités de résistance et de vitesse que les voitures à pétrole n’atteignent pas au même degré ; mais il manque de la légèreté, de l’élégance et des commodités qu’offre la machine à pétrole, aussi ne lui a-t-on décerné que le deuxième prix.

   N° 60. Voiture à vapeur de M. Maurice Le Blant. (Troisième prix : 1500 francs). — Cette voiture ne répondait qu’imparfaitement aux conditions du programme du concours. C’est unomnibus à neuf places, munies d’une chaudière Serpollet, assez lourd d’aspect et de forme (fig. 0) et mieux approprié, nous semble-t-il, à un service de transport en commun, car le véhicule en ordre de marche pèse plus de 4 tonnes ainsi réparties :
Voiture vide…………………          2660 kg
Outils et frein. ……                    100
10 voyageurs à 70 kilogrammes. 700
Chauffeurs………………..            70
Eau (600 litres) ……                   600
Charbon………………………        200
Total……..                                 4350 kg
   D’après M. Le Blant, la consommation serait de 8 kilogrammes d’eau et de 2kg,5 à 5 kilogrammes de charbon par kilomètre, ce qui semble indiquer une assez mauvaise utilisation de la chaudière, ne vaporisant que 3 kilogrammes d’eau par kilogramme de charbon. 11 convient de reconnaître qu’il s’agit de vapeur surchauffée à une température assez élevée. La grille du type expérimenté présentait une surface insuffisante et s’obstruait assez rapidement de mâchefer.

   N° 24. Voiture à pétrole de M. Vachéron, deux places. (Quatrième prix de 1000 francs partagé avec M. Lebrun). — Cette voiture (fig. 7) ne comporte que des modifications de détail du type dont elle dérive (Panhard et Levassor), en particulier dans la substitution d’un volant an levier dans le système de direction.

   N° 42. Voiture à pétrole de M. Lebrun, quatre places. (Quatrième prix de 1000 francs partagé avec M. Vacheron). — C’est, à quelques détails près, une voiture identique à celles construites par MM. Peugeot (fig. 8).

   N° 85. M. E. Roger. Voiture à pétrole, deux places. (Cinquième prix : 500 francs). — La voiture de M. Roger est la seule voiture à essence de pétrole dans laquelle on n’emploie pas le moteur Daimler (fig. 9) ; il est remplacé par un moteur du système Benz, avec inflammation électrique, placé dans une caisse à l’arrière. Le type Victoria, à deux places, pouvant recevoir un petit siège à l’avant pour une troisième personne, emploie un moteur de trois chevaux et peut faire normalement, en palier, 18 à 20 kilomètres par heure. Par une réduction convenable de la vitesse, on peut gravir des rampes de 10 pour 100. Le véhicule a 2m,8 de hauteur, lm,5 de largeur totale, 1m,5 de hauteur sans capote, 1m,25 de voie et pèse environ 650 kilogrammes. La provision d’essence est suffisante pour parcourir 100 à 120 kilomètres. La commande du mouvement et le système de direction présentent des particularités intéressantes que nous ne saurions développer ici sans sortir de notre cadre. C’est, après les voitures qui se sont disputé Je premier prix, l’une de celles qui remplissaient le mieux le programme du concours : elle méritait hautement la récompense plutôt modeste ; qu’elle a obtenue.

Fig. 1. — Voiture à pétrole de MM. Panhard et Levassor. 2 places. (1er Prix.) Fig. 2. — Voiture à pétrole de MM. Panhard et Levassor. 4 places. (1er Prix.)
Fig. 3. — Voiture à pétrole de MM. les fils de Peugeot frères. 3 places. (1er Prix.) Fig. 4. — Voiture à pétrole de MM. les fils de Peugeot frères, 4 places (1er Prix.)

   N° 10. Voiture à vapeur de M. J. Sotte, huit places. (Prix d’encouragement : 500 francs). — La chaudière est du type vertical, système Field, timbrée à 8 kilogrammes par centimètre carré, avec détartreur d’eau d’alimentation qui s’introduit dans la chaudière à 80 degrés C. (fig. 10). Le moteur à deux cylindres avec distribution à coulisse fait de 500 à 500 tours par minute, et développe une puissance de 5 chevaux. La transmission du mouvement aux roues motrices placées à l’arrière se fait par chaîne de Gall et train différentiel. La voiture a 5m,9 de longueur, 1m,75 de largeur et pèse à 1 vide 1680 kilogrammes. Avec 300 kilogrammes d’eau, 200 kilogrammes de charbon, sept voyageurs et le chauffeur, le poids total en charge atteint 2700 kilogrammes. La voiture affecte la forme d’un break muni d’un toit et de rideaux auxquels on peut substituer des glaces et faire du véhicule un omnibus fermé. Une galerie supérieure permet d’installer des bagages dans les longs voyages. La dépense d’eau est de 6 à 8 litres par kilomètre en plaine, 8 à 10 en montagne ; la dépense de charbon est de lks,5 par kilomètre en plaine, de 2 kilogrammes à 2ke,5 par kilomètre en montagne. Un léger accident., survenu à l’un des bouchons des tubes de la chaudière, a mis le moteur hors de service près de Vernon, et empêché d’atteindre le but de son voyage lors des épreuves définitives. Les résultats obtenus dans d’autres voyages entrepris par M. Sotte démontrent que sa voiture est rustique et que, sans répondre précisément aux conditions du concours, elle n’en méritait pas moins un encouragement.

Fig. 5. — Boggie de tracteur à vapeur de MM. de Dion, Bouton et Cie. (2e Prix.) Fig. 6. — Voiture à vapeur de M. Maurice Le Blant (Chaudière Serpollet). 9 places. (3e Prix)
Fig. 7. — Voilure à pétrole de M. Vacheron. 2 places. (4e Prix.) Fig. 8. — Voiture à pétrole de M. Lebrun. 4 places. (4* Prix.)

   N0 61. Voiture à vapeur chauffée au pétrole, de M. Roger de Moulais. (Mention honorable avec médaille de vermeil). — Cette voiture est un tricycle pour deux personnes dont le poids ne dépasse pas 575 kilogrammes (fig. 11). La vapeur est produite par la combustion du pétrole à l’aide d’un réchaud formé de 26 brûleurs réglés par une même crémaillère et une seule poignée. Ces brûleurs viennent se placer sous une chaudière de 45 centimètres de diamètre et 45 centimètres de hauteur traversée par 26 tubes ou bouilleurs en cuivre rouge qui forment autant de cheminées de tirage pour les brûleurs dont ils recueillent la chaleur et la transmettent à l’eau. L’arrivée du pétrole aux brûleurs se règle automatiquement. La consommation du pétrole est de 2 litres par heure ; la chaudière vaporise 50 kilogrammes d’eau par heure, et le réservoir en contient 67 litres, ce qui correspond à une marche d’environ deux heures. Le procédé de chauffage employé supprime toute cheminée.
   Il suffit de 17 minutes pour mettre la chaudière en pression, et celle-ci une Ibis atteinte, si‘ règle avec la plus grande facilité. La vapeur sèche produite par la chaudière actionne un moteur à 2 cylindres de 6 centimètres de diamètre, dans lesquels se meuvent des pistons de 8cm, 5 de course. La vitesse eu bon terrain plat est de- 18 à 20 kilomètres par heure, elle est de 10 kilomètres par heure pour des rampes de 6 pour 100 et de 6 à 7 kilomètres par heure pour dos rampes de lo pour 100.
   La voiture la chaudière, le foyer, etc., sont l’œuvre d’un amateur et nous nous plaisons à en reconnaître le mérite et l’originalité, bien qu’en principe le rendement thermique d’une chaudière à eau chauffée au pétrole dont la vapeur alimente un moteur soit bien inférieur à celui des moteurs à explosion (1).

Fig. 9. — Voiture à pétrole de M. Roger. 4 places. (5e Prix.) Fig. 10. — Voiture à vapeur de M. J. Scotte, 8 places. (Prix d’encouragement.)
Fig. 11. — Voiture à vapeur. Chauffage au pétrole de M. Roger du Montais. Fig. 12. — Voiture à pétrole de M. P. Gautier. 4 places.

   Il nous reste à parler de deux voitures arrivées en retard à Rouen à la suite d’aventures de route inévitables dans des expériences de ce genre. Le n° 7, qui appartient à M. P. Gautier, a atteint Rouen dans la soirée. C’est une voiture à quatre places (fig. 12), à essence de pétrole, moteur Daimler placé à l’avant, comme dans les voitures de MM. Panhard et Levassor, dont elle ne diffère d’ailleurs que par des détails de carrosserie et quelques dispositifs personnels dans le mode de transmission du mouvement du moteur aux roues d’arrière.
   Le n° 18, également arrivé tardivement à Rouen (fig. 15), est un omnibus à vapeur à six places, présenté par M. E. Archdeacon, et destiné à faire le service de la Pointe-à-Pitre au Moule. Pour l’agrément et la commodité des voyageurs, la chaudière, du système Serpollet, est disposée à l’arrière. Il faut bien reconnaître que ce véhicule, bien étudié pour le service auquel il est destiné, ne répondait nullement au programme.

   De cette description succincte, quoique déjà longue, des voitures primées ou ayant subi avec plus ou moins de satisfaction les épreuves du concours, il ressort nettement la conclusion que le moteur à vapeur est incontestablement inférieur au moteur à gazoline comme moyen de propulsion sans danger, aisément maniable pour les voyageurs et ne coûtant pas trop cher sur la route. Sans réaliser le rêve du touriste ou du commerçant, la voiture à gazoline est dès à présent entrée dans la pratique : les appareils se perfectionnent chaque jour grâce aux leçons de l’expérience, les petits inconvénients disparaissent, les mécanismes se simplifient, et la voiture à pétrole atteindra bientôt toute la perfection dont elle est susceptible. 11 serait téméraire d’y voir, ou même d’espérer y trouver la voiture automobile de l’avenir, mais elle a devant elle un vaste champ d’applications très heureusement mis en valeur par le concours du Petit Journal.
E. Hospitalier.

Notes.
1 Voy. no 1104, du 28 juillet 1894, p. 129.
2 Ces photographies ont été faites à Mantes par un habile praticien de celte ville, M. R. Girard.
1 Voy. n° 960, du 24 octobre 1891, p. 323.

Photos.
Fig. 1. — Voiture à pétrole de MM. Panhard et Levassor. 2 places. (1er Prix.)
Fig. 2. — Voiture à pétrole de MM. Panhard et Levassor. 4 places. (1er Prix.)
Fig. 3. — Voiture à pétrole de MM. les fils de Peugeot frères. 3 places. (1er Prix.)
Fig. 4. — Voiture à pétrole de MM. les fils de Peugeot frères, 4 places (1er Prix.)
Fig. 5. — Boggie de tracteur à vapeur de MM. de Dion, Bouton et C*‘. (2e Prix.)
Fig. 6. — Voiture à vapeur de M. Maurice Le Blant (Chaudière Serpollet). 9 places. (3e Prix)
Fig. 7. — Voilure à pétrole de M. Vacheron. 2 places. (4e Prix.)
Fig. 8. — Voiture à pétrole de M. Lebrun. 4 places. (4* Prix.)
Fig. 9. — Voiture à pétrole de M. Roger. 4 places. (5e Prix.)
Fig. 10. — Voiture à vapeur de M. J. Scotte, 8 places. (Prix d’encouragement.)
Fig. 11. — Voiture à vapeur. Chauffage au pétrole de M. Roger du Montais.
Fig. 12. — Voiture à pétrole de M. P. Gautier. 4 places.
Fig. 13. — Voilure à vapeur de M. E. Archdeacon (Chaudière Serpollet). 6 places.
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