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L’Auto offre un Premier Prix de 100.000 fr. – L’Auto – 29 December 1904 – Part 1

At the end of December 1904, the French Autombile Club, as well as several manufacturers and drivers gathered to discuss organising for 1905 a new event, a Grand Prix de l’ACF on a separate and guarded circuit, on the same day as the Gordon Bennet Cup. The magazine L’Auto would make 100.000! Francs available as a first prize award. What’s more, from 1906 on, the French automobile industry would not participate anymore in the Gordon Bennett Cup races. As second item on this ACF meeting, was the choice for the course of the 1905 Elimination trials and for the race itself. (Translation separately).

Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr Texte et photos compilé par motorracinghistory
L’Auto — 5e Année, No. 1535, 28 décembre 1904 – Part 1

« L’AUTO » OFFRE UN PREMIER PRIX DE 100.000 fr.

UNE JOURNÉE HISTORIQUE A L’A. C. F.

La Coupe Gordon Bennett en 1905. — Le Grand Prix de l’A.C.F.
CHOIX DU CIRCUIT D’AUVERGNE

L’Automobile Club de France prend en main la cause des constructeurs français. La Coupe Cordon Bennett se courra en 1905, mais encadrée par une épreuve internationale à formule équitable. — Création du Grand Prix de l’A.C.F. Le choix du Circuit d’Auvergne. — Le règlement des Eliminatoires. La question des licences et des conducteurs.

   On verra plus loin avec quelle autorité, avec quelle maestria, avec quelle sollicitude aussi, l’Automobile Club de France a su, une fois de plus, prendre hier les intérêts de l’industrie automobile française. Il a trouvé moyen de concilier ces intérêts avec la plus parfaite courtoisie et la plus complète correction.
   La Coupe Gordon-Bennett sera courue cette année et devra subir pour 1906 des modifications en, rapport avec l’importance de nos usines et de notre production, en rapport aussi avec la plus simple des justices.
   Nous aurons, cette année, couru le même jour que la Coupe Gordon – Bennett, un Grand Prix de l’Automobile Club de France, sensationnelle épreuve internationale pour laquelle les engagements seront libres, sous la restriction d’un maximum de représentation pour chaque marque.
   C’est le retour, mais cette fois dans des conditions de sécurité absolue, sur un circuit bien gardé, aux grandes épreuves automobiles ouvertes comme Paris-Berlin et Paris-Vienne.
   L’Auto a voulu, à sa façon, fêter un événement aussi considérable dans l’histoire du sport automobile et il a décidé aussitôt de doter le Grand Prix de l’Automobile Club de France 1905 créé hier par l’A. C. F. d’un premier prix de
Cent Mille Francs
   Nous avons décidé également de faire frapper deux médailles d’or, offertes aussi par l’Auto, et qui seront transmissibles en 1906 et les années suivantes aux vainqueurs successifs du Grand Prix de l’Automobile Club de France.
   Nous donnerons demain à nos lecteurs tous les détails concernant l’attribution de ce premier prix de Cent Mille Francs et nous dirons comment nous espérons pouvoir augmenter cette somme et créer encore d’autres prix. Qu’il nous suffise aujourd’hui d’avoir donné à l’industrie automobile cette marque de notre admiration et de notre évouement.           L’AUTO.

UN ACTE DÉCISIF
   L’Auto avait raison d’écrire, en mai dernier, que l’Automobile Club de France saurait, lorsque le jour en serait venu de façon opportune, prendre en main la cause des constructeurs français, dont les droits étaient méconnus par l’iniquité du règlement actuel de la Coupe Gordon-Bennett.
   C’est chose faite depuis hier. Le comité l’A.C.F. a agi avec une vigueur admirable, tout en réussissant à tenir les engagements qu’il avait pris en 1904 lorsqu’il accepta le trophée gagné au Taunus par la Richard-Brasier de Théry.
   Il est de notoriété publique que tous les esprits avertis avaient déjà remarqué la prodigieuse injustice d’un règlement qui permettait à telle petite nation, nouvellement venue à l’industrie automobile, d’être représentée par trois voitures de la même marque, de l’unique marque qu’elle possédât, alors que l’industrie française, si formidable, si riche en centres de construction importants, était obligée de forcer ses constructeurs à lutter entre eux d’abord, pour arriver à ne présenter, à eux tous, que trois véhicules sélectionnés de la, sorte.
   Et c’est ainsi que nos plus grandes marques, celles qui ont le plus fait pour assurer à l’industrie automobile française la première place sur le marché mondial, se voyaient interdire, par les inévitables, hasards d’une course préparatoire, le droit de figurer dans la bataille internationale, le droit de défendre nos couleurs industrielles qu’elles ont tant contribué, depuis plus de dix ans, à imposer au monde entier !
   Le matin même des éliminatoires 1904, l’Auto disait tout haut ce que chacun pensait tout bas, et ces jours derniers, alors que l’opinion publique s’émotionnait à nouveau d’un état de choses intolérable, nous répétions : l’Automobile Club de France est là et saura agir lorsque le temps en sera venu.
   Le temps en est venu. C’était hier que le comité de l’Automobile Club de France se réunissait pour discuter de l’organisation des Eliminatoires et de la Coupe Gordon-Bennett 1905, c’était donc hier seulement qu’il était utile d’agir vigoureusement.    On parlait de la chose depuis de longs mois. L’acte décisif n’a demandé que quelques minutes à être accompli. Il n’en est pas moins capital pour cela.

   Il était impossible que l’Automobile Club de France et les constructeurs qu’il couvre de son drapeau, manquassent à l’engagement d’honneur pris en 1904, lorsqu’ils acceptèrent de jouer une grosse partie avec si peu d’atouts dans les mains, lorsqu’ils acceptèrent d’aller tenter la fortune avec un esprit chevaleresque plein de danger.
   Nous avons ramené la Coupe en France ; nous l’avons installée à la place d’honneur des salons de l’A.C.F., nous avons par-là pris l’engagement moral de la remettre en jeu en 1905, sous les mêmes règlements, si terribles et si lourds pour notre industrie.
   Les constructeurs le comprenaient bien, et l’A.C.F. n’a pas failli hier à sa parole.
   La Coupe Gordon-Bennett se courra cette année en Auvergne, comme elle s’est courue au Taunus. Mais, à côté des voitures sélectionnées par chaque pays et qui lutteront pour le trophée international, nous verrons une grande course internationale mettre aux prises d’autres voitures, représentant en nombre égal toutes les marques se croyant elles-mêmes une chance de triompher dans cette lutte gigantesque.
   Et tout en courant la Coupe, les voitures « defenders » et « challengers » participeront du même coup au classement de la course internationale.
   Voici pour 1905. Mais il n’en va pas de même pour 1906.

   En 1906, la France n’aura plus aucun engagement d’honneur à tenir, elle ne sera plus dans l’étroite nécessité d’appliquer elle-même des règlements qu’elle réprouve.
   Aussi l’Automobile Club de France a-t-il déclaré hier solennellement, en un vote émis par l’unanimité des membres de son comité, qu’en 1906 la France, qu’il représente, ne prendra pas part à la Coupe Gordon-Bennett, si les règlements n’en sont pas rendus plus équitables.
   Et du même coup, l’A.C.F., qui n’oublie pas l’impérieuse nécessité de la « course » pour les constructeurs et l’industrie automobile tout entière, annonce la création d’un Grand Prix de l’Automobile Club de France, grand prix annuel, grand prix classique, véritable grand prix du monde automobile tout entier.
   Voilà ce qu’a fait hier après-midi l’Automobile Club de France.
   Devant cet acte, toutes les autres décisions prises au cours de la même séance passent au second plan.
   Que nous allions en Auvergne, que le règlement des Eliminatoires et de la Coupe soit ce qu’il voudra en 1905, peu nous chaut dès aujourd’hui : l’industrie française vient d’éviter le dangereux écueil qui pouvait se dresser sur sa route ; les constructeurs français ne sont plus désignés pour être les injustes victimes d’un état de choses véritablement abominable.
   L’Automobile Club de France et ses dirigeants viennent par-là d’affirmer une fois de plus qu’ils sont hautement dignes de la lourde tâche qu’ils ont assumée avec une rare autorité, et que nous pouvons nous reposer entièrement sur eux : notre industrie nationale est en des mains qui sauront lui garder et son prestige et sa suprématie.
Géo Lefèvre.

LA SÉANCE DU COMITE
   On lira plus loin les communiqués officiels du Comité de l’Automobile Club de France relatifs aux Eliminatoires françaises et à la Coupe Gordon Bennett.
   On trouvera en l’éloquente sècheresse de ces procès-verbaux, un fidèle résumé des importants travaux de la séance d’hier.
   Sans écouter aux portes, nous avons cependant pu nous renseigner de façon assez précise sur les diverses péripéties -— très simples d ‘ailleurs — de cette séance historique.
   La discussion s’est ct abord engagée sur la question du choix d’un circuit.
   La Commission sportive, par la voix de son président, M. René de Knyff, indiqua nettement que le choix du circuit d’Auvergne semblait être imposé au Comité par son vote du 29 juin dernier.
   Le Circuit d’Auvergne présente en effet toutes les difficultés réclamées pour assurer la victoire de la voiture non seulement la plus rapide, mais aussi la plus souple et la plus maniable.
   En Auvergne, il ne s’agira pas seulement de grimper des côtes très dures ; toutes les voitures, avec, les moteurs actuels, peuvent le faire en se jouant de cette illusoire difficulté.
   Ce qu’il faut, c’est un parcours qui nécessite des coups de frein nombreux et rapides, des changements de vitesse incessants, des débrayages et des embrayages continuels.
   Tout cela, le Circuit d’Auvergne le permet.
   M. Brasier prit alors la parole pour indiquer que lui, constructeur, préférait le Circuit des Ardennes, le parcours du Circuit d’Auvergne étant vraiment dangereux et permettant à certains conducteurs de pratiquer la manœuvre du « bouchon » en une partie assez importante du parcours. Néanmoins le héro de la Coupe Gordon Bennett 1904 déclara ensuite qu’il se rallierait à l’opinion de la majorité.
   Le marquis de Chasseloup-Laubat répondit aussitôt pour défendre l’opinion de la Commission sportive et pour indiquer un facile remède à la manœuvre du bouchon.
   Il n’y aurait qu’à faire une neutralisation à l’entrée de la partie dangereuse et à ne laisser repartir les voitures qu’à des intervalles leur laissant à chacune pleine liberté d’action.
   Et, là-dessus, M. René de Knyff répondit que la commission sportive se rallierait, s’il était nécessaire, à la proposition du marquis de Chasseloup-Laubat, mais qu’il croyait jusqu’à nouvel ordre la précaution inutile.
   Et là-dessus le Circuit d’Auvergne fut voté à l’unanimité, non sans que le président de l’A.C.F., M. le baron de Zuylen, ait donné lecture d’une déclaration du maire de Clermont-Ferrand, et de M. Michelin, garantissant une subvention de $ 200,000 francs.

Photos. Le Circuit d’Auvergne – La Descente sur Clermont – Laqueuille – Col de la Moreno

   On trouvera plus loin le règlement complet des Eliminatoires françaises.
   Les points qui nous paraissent les plus importants sont les suivants :
   1° Le droit d’entrée est maintenu à 10,000 fr. ; nos constructeurs se consoleront en songeant qu’ils pourront courir un Grand Prix de l’Automobile Club de France, même s’ils ne sont pas appelés à courir la Coupe Gordon-Bennett.
   2° Tout constructeur engageant une ou des voitures devra avoir fabriqué le moteur et la transmission.
   3° Des mesures seront prises pour empêcher le marchandage des conducteurs et pour éviter l’embauchage en dernière heure de conducteurs déjà engagés, d’autre part.
   4° Des mesures seront également prises pour assurer autant que possible la conduite des voilures françaises par des conducteurs français, et pour éviter que ces Français pilotent dans la Coupe Gordon-Bennett ou dans des Eliminatoires étrangères, des voitures d’une autre nationalité.
* * * * * * 
   Et ce règlement, une fois adopté, on passa aux résolutions capitales, dont nous avons longuement parlé plus haut.
   Ce fut le marquis de Chasseloup-Laubat qui prit la parole, pour exposer que le conseil d’administration faisait siennes les propositions qu’il avait développées devant lui et qu’il allait exposer à nouveau au comité.
   Le marquis de Chasseloup-Laubat développa alors la situation ridicule faite par les actuels règlements de la Coupe Gordon Bennett aux constructeurs’ français, et même aux constructeurs appartenant à des nations ayant une industrie automobile très puissante.
   Il réduisit ensuite à néant le parallèle que certains avaient voulu établir entre la Coupe America et la Coupe Gordon Bennett, la Coupe America étant une épreuve purement sportive, ne mettant en jeu aucun intérêt commercial et se disputant toujours à égalité de chances entre le challenger et le defender.
   La Coupe Gordon Bennett est une épreuve d’un caractère tout spécial, dans le règlement de laquelle doivent entrer bien des éléments divers qui n’y figurent pas aujourd’hui. Ce règlement doit être radicalement réformé, ou la France ne pourra plus l’accepter.
   Il va de soi que ces modifications ne pourraient concerner que la Coupe Gordon Bennett 1906.
   Et alors le marquis de Chasseloup-Laubat présenta les projets de résolutions qui figurent au procès-verbal, dont nous donnons ci-dessous l’inextenso et dont nous commentons plus haut l’extrême importance.
   Le comité décida ensuite, et enfin, de maintenir la Coupe de Chasseloup-Laubat pour les éliminatoires françaises.
   Ce fut tout, et ce fut assez. Le comité de l ‘Automobile Club de France avait tenu une séance qui demeurera historique.
G. L.

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