Comment is on the way. (Translation separately.)



Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr – Texte et photos compilé par motorracinghistory.com
La Vie au Grand Air – No. 77, 4 Mars 1900
La Course du Catalogue
Nous avons eu ces jours derniers une intéressante expérience faite par notre confrère Meyan avec la course dite du Catalogue.
Je ne vous en conterai point parte menu les péripéties, je vous fais même grâce du tableau de classement des six catégories ; car il y avait six catégories, ce qui pour partants n’est déjà pas, trop niai. Aussi bien avez-vous pu lire tout cela un peu partout.
Mais il est de la course du Catalogue d’autres enseignements à tirer que ceux de savoir de combien de minutes A a battu Z et Y a été battu par K.
D’abord, me demanderez-vous peut-être, qu’est-ce que la course du Catalogue ? C’est une course d’automobiles, mes amis, et non pas une course d’imprimeurs ou de marchands de papier. La Vélocipédie et l’Automobile ont ainsi des abréviations qui sont un peu, souvent beaucoup, trop souvent même, un langage à clef, autrement dit de l’hébreu pour les non initiés. C’est ainsi qu’il y a dans la vélocipédie une course dite du Livre, ainsi nommée parce qu’elle met aux prises les employés de l’industrie du Livre.
Il n’en est pas de même de l’infortuné Catalogue sur lequel nous épiloguons. Ce Catalogue est purement et simplement un moyen de classement.
Expliquons-nous. Vous savez déjà qu’il est inutile de mettre aujourd’hui aux prises des véhicules automobiles sans les avoir classés. Le seul critérium que nous ayons su trouver encore à l’automobile étant la vitesse obtenue, que voulez-vous que fasse, par exemple, une voiturette munie d’un moteur à ailettes de 3 chevaux on même de 2 chevaux contre un de ces monstres à pétrole dont les quatre cylindres font plus de 20 chevaux et qui dépensent à l’heure plus de 10 litres d’essence ? C’est comme si vous faisiez courir des pur-sang avec des petits ânes d’Afrique.
Et pourtant il ne faut pas seulement encourager l’industrie des grosses voitures. Elles sont superbes, ce sont des merveilles d’art et de construction, c’est entendu ; mais enfin elles sont bien incommodes pour se promener dans Paris où il faut faire moins de 20 à l’heure. Elle coûtent cher, dépensent beaucoup, font des consommations de pneumatiques à faire frémir de joie tous les fabricants de chambres à air.
Au fond, en automobile comme eu hippisme, l’avenir de la race est dans le demi-sang. Seulement, voilà le hic. Comment encourager le demi-sang automobile ?
Des concours ? Personne n’y va plus, ni public, ni concurrents. C’est trop savant, on n’y voit goutte.
Des courses ? C’est clair, mais toujours le pur-sang battra le demi-sang sans compter qu’il y a la race que j’appelais tout à l’heure les bourriquets de l’automobile. Mettons si vous voulez les poneys pour ne pas vexer les constructeurs.
Vous aurez beau dire dans une course que M. X… arrivé 12e avait le plus faible moteur; le public ne connaît qu’une chose. Il a été battu. Quel est son vainqueur ?
Pour l’empêcher d’être battu, il faut ne le mettre aux prises qu’avec des concurrents à peu près de sa force.
D’où les catégories.
Mais c’est ici que les difficultés commencent. Comment allons-nous classer ? En nous basant sur quoi ? Vous comprenez bien que chacun va essayer de se faire humble et chétif, afin d’être mis avec les moins forts et avoir plus de chance de les battre.
D’où lutte entre les concurrents et les organisateurs. Comment va-t-on essayer de sauver la justice et l’équité ?
On a d’abord, comme dans la boxe, classé les concurrents par poids. Ce sont d’ailleurs, les modes de classement officiels, ceux qu’ont préconisés l’Automobile-Club de France et sa commission sportive.
De 0 à 400 kilos, voiturettes. Au-dessus de 400 kilos voitures. C’est bien ce n’est pas suffisant. Une voiture de 20 chevaux pèse environ 1200 kilos. L’alignerez-vous contre une voiture de 3 chevaux 1/2, par exemple, qui en pèse 420 ?
Et combien de trucs pour éviter d’être dans une classe, si vous voulez faire des classes par 200 kilos, 400, 600, 800, etc. On enlève toute la carrosserie, on fait courir des châssis.
Voici une autre classification : celle de la force des moteurs. C’est la meilleure en théorie. En pratique elle est inabordable. Comment allez-vous déterminer la force des moteurs ? Ne la demandez pas au fabricant. Il vous répondra froidement 6 chevaux trois quarts, ce qui a l’avantage de la précision, mais rend assez mal compte de la valeur d’un moteur dont il espère tirer 15 chevaux et demi.
Prendrez-vous la surface des pistons ? Mais il faudrait tenir compte également de leur vitesse. Et voyez-vous au départ ou à l’arrivée d’une course les commissaires faisant déshabiller un moteur pour le mesurer intérieurement?
L’organisateur de la course du Catalogue, notre confrère Meyan, a eu l’idée de demander cette classification au prix, et naturellement il a pris les prix (qu’on me passe le mot) portés nu catalogue des fabricants.
Idée ingénieuse et qui a le mérite d’être claire. Elle s’adresse en effet à l’un de nos besoins les plus caractéristiques, celui de savoir le prix de ce que nous achetons et de classer les choses par leur valeur. De plus il est en général difficile de savoir les prix exacts en automobile. Tout le monde était donc enchanté.


gallica.bnf.fr, photo modifié par IA
La classification faite avait été d’ailleurs des plus précises. Il y avait en effet six classes de véhicules.
La première est pour les véhicules au-dessous de 3,000 francs.
Pour ce prix on peut avoir un léger cadre de voiturette muni d’un seul moteur à ailettes ou d’un minuscule moteur à eau. Le tout pèse dans les 250 kilos. Minimum de poids, minimum de frais. Évidemment ce n’est pas le roulotté rêvé pour un voyage de noces. Mais enfin cela marche et ce n’est pas cher. Six véhicules de ce type sont partis et tous les six sont revenus après avoir couvert 72 kilomètres. Joli succès pour ces Tom Pouce de l’automobile.
Dans la classe au-dessus, de 3000 à 6000, vient s’adapter le type de l’ancienne voiturette. C’est déjà plus confortable. On peut facilement être deux.
Appelez même cela, si vous voulez, une petite voiture,500 kilos de poids environ. Six véhicules sont partis et quatre sont revenus. Regrettons simplement de n’avoir pas vu dans cette catégorie les voitures Darracq qui y auraient sans nul doute brillamment figuré.
La troisième catégorie de 6000 à 9000 francs comprend le type ordinaire de voitures, voitures de touristes naturellement. Il y a plusieurs places. Enfin c’est la bonne voiture qu’une expression vulgaire mais pittoresque appelle la voiture du père de famille. Poids 700 kilos.
La quatrième catégorie de 9000 à 12000 est la simili-course. L’aspect extérieur de la voiture n’est pas trop modifié, mais il y a de forts moteurs, c’est la voiture de la course d’amateurs, de ce qu’on a appelé la catégorie touriste. Nous n’allons pas loin des 800 à 900 kilos.
Les peux dernières catégories de 12000 à 15000 et au-dessus de 15000 sont pour les voitures de vraie course. Dans la première, celles dont la vogue n’est pas encore telle qu’il ne faille fixer un prix. Dans la seconde celles qui sont classées et dont le prix ne l’est point. Cela dépend du moment, de qui a gagné la dernière course et aussi de votre tête.



Le malheur, le gros malheur, c’est que là encore le fabricant est seul à classer lui-même son véhicule. Et dame s’il le diminue un peu de prix sur l’affiche, afin qu’il gagne la course plus certainement, et qu’il puisse vous le vendre plus cher après, c’est un sentiment trop humain pour qu’on puisse en blâmer personne.
GEORGES PRADE
(Clichés J. Beau, V. G. A.)
Photos.
Page 313.
Girardot, gagnant de la classe F (voitures au-dessus de 15000 francs) couvrant les 144 kilomètres en 2 h. 52 m. 2 s.
Girardot au virage de Melun. Un tournant à 50 kilomètres à l’heure.
Mercier, gagnant de la classe A (voitures au-dessous de 3 000 francs) couvrant les 72 kilomètres en 2 h. 34 m, 49 s. On remarquera le numéro, fait d’une feuille de calendrier à effeuiller.
Page 314.
Léon Lefebvre, gagnant de la classe E (voitures de 12 à 15000 francs), 144 kilomètres en 3 h. 19 m. 37 s.
Un départ à Melun. La foule, peu nombreuse, parait singulièrement intéressée.
(Clichés by J. Beau, V. G. A.)





