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La Course d’automobile du Tour de France – Le Monde Illustré – 29 July 1899

Comment is on the way. (Translation included at the end)

Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr – Texte et photos compilé par motorracinghistory.com
Le Monde Illustré – 43e Année, No. 2209, 29 Juillet 1899

La Course du Tour de France
(Photographies Borie.)

La course d’automobiles, dite du Tour de France, est certainement l’événement sportif de l’année.
   Au point de vue de la construction des voitures automobiles aussi bien que de l’art de conduire les formidables véhicules de course, cet événement a dépassé en importance tout ce que l’on pouvait espérer.
   Organisée par un de nos grands confrères quotidiens, sous les auspices de l’Automobile Club de France, la course du Tour de France se composait de sept étapes à parcourir en neuf jours, un repos de 24 heures devant suivre les deux plus rudes étapes.
   La première étape était Paris-Nancy (290 kilomètres), la deuxième, Nancy-Aix-les-Bains (441 kilomètres), la troisième, Aix-les-Bains-Vichy (382 kilomètres), la quatrième, Vichy-Périgueux (299 kilomètres), la cinquième, Périgueux-Nantes (339 kilomètres), la sixième, Nantes-Cabourg (348 kilomètres), la septième enfin amenait les coureurs de Cabourg à Paris ou plutôt à Saint-Germain-en-Laye, le département de la Seine leur étant interdit ; cette dernière étape, la plus courte, ne comportait que 190 kilomètres.

   Le départ a été donné à Champigny le 16 juillet et la plus grande partie des coureurs inscrits s’élançaient sur la route de Nancy.
Vingt voitures automobiles, vingt-cinq motocycles et quatre voiturettes luttaient de vitesse dès le départ qui était donné de 30 secondes en 30 secondes.
   La première journée comme les suivantes fut une surprise tant au point de vue de la résistance des moteurs que du train terrifiant soutenu sur une route parfois très difficile.
   Il serait trop long de raconter les innombrables incidents des sept journées de cette course mémorable, disons seulement que les coureurs de tête se disputaient chaudement la première place à chaque étape et que les accidents réparés en cours de route causant des retards chez les uns et les autres rendaient toujours le résultat douteux.
   La tête était tenue par des conducteurs éprouvés tels que : de Knyff, Girardot, Pinson, Chasseloup-Laubat, Charron, etc.
   Mais la performance la plus curieuse a été celle des motocycles qui, contre toute espérance, ont suivi le train de 60 kilomètres à l’heure mené par les voitures ; on est loin, comme on voit, du tricycle d’un cheval et quart qu’il y a deux ans abattait péniblement ses trente kilomètres à l’heure. Là encore les noms les plus connus entraient en ligne et Gleize, Williams, Tart, Corre, Teste, Béconnais, Osmont, Rivierre s’élançaient à la suite des voitures.

  Si chaque arrivée dans les diverses villes terminant les étapes a été émouvante, celle qui clôturait la course et établissait le classement définitif a provoqué un vif mouvement de curiosité parmi les Parisiens que les villégiatures n’ont pas encore enlevés à la capitale.
   Saint-Germain-en-Laye est le point de départ ou d’arrivée de bien des courses de bicyclettes et d’automobiles, mais jamais une arrivée n’avait provoqué une telle émotion dans cette paisible villégiature.
   Dès le matin un ouragan véritable s’était abattu sur la ville, ouragan dont les rafales étaient le passage vertigineux de centaines d’automobiles qui se rendaient à la porte d’Hennemont où le contrôle devait être installé vers trois heures.
   Beaucoup de curieux s’échelonnent le long de la route des Quarante-Sous pour voir passer les coureurs en vitesse mais un nombre; plus considérable encore de fervents de l’automobilisme se groupe à quelque pas du contrôle, de telle sorte que le starter, dont le drapeau rouge est hissé sur une automobile, se voit forcé d’envoyer placer un drapeau jaune, signal du ralentissement, à deux cents mètres en avant, afin d’éviter les accidents.
   A quatre heures et quart le drapeau jaune s’agite annonçant un coureur et aussitôt une première voiture apparaît, arrivant à toute vitesse, pour s’arrêter brusquement au milieu de la foule qui, avide de voir, ne songe même pas à se garer.
   Des acclamations éclatent saluant le vainqueur, M. René de Knyff, qui a tenu la tête durant toute la course et qui, calme et souriant, serre la main de ses amis.
   Conduit au contrôle, le vainqueur donne la dernière signature et constate avec satisfaction qu’il a accompli un parcours de 2217 kilomètres en 44 heures 44 minutes !

SAINT-GERMAIN-EN-LAYE. — COURSE D’AUTOMOBILES DU TOUR DE FRANCE.
LA FOULE SUR LA ROUTE DE QUARANTE-SOUS.

<– SAINT-GERMAIN-EN-LAYE, — COURSE D’AUTOMOBILES DU TOUR DE FRANCE. — L’ARRIVÉE DU VAINQUEUR (M. R. DE KNYFF). — (Phot. BORIE.)

ARRIVÉ DU COMTE DE CHASSELOUP-LAUBAT.—>

gallica.bnf.fr, les photos modifié par IA

   A ce moment, de nouvelles acclamations signalent l’arrivée de Girardot qui, classé troisième la veille, va enlever la seconde place au comte de Chasseloup-Laubat qui, dans les classements précédents, avait pris 27 minutes d’avance sur lui.
   Pendant 27 minutes Girardot se promène nerveusement regardant la route et ces minutes lui semblent des siècles; enfin le starter le prévient qu’elles sont franchies et qu’il est classé second.
   A ce moment un nuage de poussière signale l’arrivée de Chasseloup-Laubat, cinq minutes trop tard !
   Pendant ce temps, les motocyclistes commencent à apparaître et bientôt Tart et Teste viennent se classer second et premier, l’écart entre les deux n’ayant pu être rattrapé par l’avance de Tart sur son concurrent, dans cette dernière étape.
   M. de Knyff est trop connu pour que nous le présentions à nos lecteurs, mais nom sommes heureux de citer un trait qui honore l’homme et montre que chez lui la voix de l’humanité parle plus haut que la passion du sport man. Durant l’étape d’Aix-les-Bains à Vichy, au moment où M. de Knyff, serré de près par ses concurrents, menait un train de plus de soixante kilomètres à l’heure, il aperçut sur le bord de la route la silhouette lamentable d’un tricycle culbuté et à quelques mètres de là un corps étendu.
   Sans hésitation le vaillant conducteur serra ses freins, tourna court et revint auprès de la victime : c’était le motocycliste Williams évanoui, donnant à peine signe de vie. De Knyff oublia et la course et les minutes si précieuses et se mit en devoir de soigner Williams malgré les protestations du blessé qui revenu à lui, disait à son concurrent. « Partez ! vous allez vous mettre en retard ! »
   Ce n’est qu’après avoir appelé du secours et remis Williams entre les mains d’habitants du pays que de Knyff reprit sa course folle vers Vichy.
   C’est pour conserver le souvenir de cet acte de belle confraternité sportive qu’un ami du vainqueur, M. de Lucenski, lui a remis à l’arrivée une épingle d’or surmontée d’une tête de caniche en pierre de labrador, artistement ciselée. L’écrin contenant ce charmant bijou portait ces mots inscrits en lettres d’or :
   A mon ami René de Knyff, pour son acte généreux du 19 juillet, dans le « Tour de France ». – A. de Lucenski.
   En résumé la course du Tour de France qui doit, parait-il, se renouveler tous les ans, va devenir le critérium des conducteurs d’automobiles et des voitures de tous modèles.
A. BORIE.

Photos.
Page 81: SAINT-GERMAIN-EN-LAYE, — COURSE D’AUTOMOBILES DU TOUR DE FRANCE. — L’ARRIVÉE DU VAINQUEUR (M. R. DE KNYFF). — (Phot. BORIE.)
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