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La Presse et Paris-Madrid – La Locomotion Automobile – 28 May 1903

Comment to this article of La Locomotion Automobile will follow suit.
(Translation included at the end).

Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr Texte et photos compilé par motorracinghistory
La Locomotion Automobile — 10e Année, No. 22, 28 mai1903, pages 339-342

La Presse et Paris-Madrid.

   La mauvaise journée de dimanche a été commentée diversement par nos confrères quotidiens mais, — il convient de le remarquer, — les articles en question sont infiniment moins agressifs que les fulminantes diatribes que nous pûmes lire après Paris-Berlin. Il y a deux ans, nos confrères hurlaient et insultaient ; aujourd’hui, ils discutent.
   Le Temps, qui ne fut jamais suspect de partialité en notre faveur, publie en première page un article dont nous extrayons ces lignes :
   Nul ne conteste les services qu’ont rendus à l’automobilisme à ses débuts les courses de vitesse. Ces courses, organisées en France, ont contribué pour beaucoup à doter les voitures et les moteurs des qualités de vitesse et d’endurance qui ont fait le succès des fabricants français. Mais ce résultat aujourd’hui est acquis. Les vitesses réalisées sont telles qu’il est devenu nécessaire de les réglementer et que celles auxquelles on atteint ne sont plus admissibles qu’en course. La course cesse donc d’être un moyen pour devenir une fin. Elle se suffit à elle-même. Comme Saturne, elle dévore ses enfants.
   L’industrie de l’automobile n’a pas besoin, pour se maintenir et se développer encore, de courir ces aventures. Elle peut organiser ce que M. Waldeck-Rousseau, dans le discours que nous avons cité, appelait des « concours de résistance ». Dans un livre estimé sur l’automobilisme, un ingénieur distingué, M. Gérard Lavergne, écrivait récemment :
   « Nous préférons, sans hésiter, les concours aux courses… Les courses de vitesse mettent en ligne des voitures qui ne sont pas comparables, qui notamment présentent au point de vue de la force de leurs moteurs des différences qui rendent la lutte absolument inégale. Elles conduisent à construire des voitures, peu faites pour une utilisation journalière, parfois exclusive de tout emploi sérieux…

« Conservons donc les courses de vitesse, mais en ne leur demandant que ce qu’elles peuvent donner et en les réglementant de façon à rendre aussi rares que possible les accidents… »
   Notre confrère la Presse, toujours très sportif, sous la signature de son directeur M. Léon Bailby, est très favorable au sport et à l’industrie que nous défendons : Convient-il de montrer tant d’indignation à propos de ces regrettables incidents ? Pour ma part, très nettement, je réponds : non.
   D’abord, de la liste des victimes, grossie à plaisir, rayons les noms des coureurs, si vous le voulez bien. Ceux-là ne demandent pas qu’on ne les plaigne ni qu’on les venge. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Ils risquaient la mort. Et ils l’ont risquée avec un courage et un sang-froid qui ne profitent pas à chacun d’eux, mais qui viennent augmenter le prestige de ceux qui seront vainqueurs.
   Restent les victimes involontaires. Celles-là méritent toute notre compassion. Les gens que cette mort stupide est venue prendre chez eux sont-ils frappés par leur propre imprudence ou par la faute du mauvais service d’ordre ? Peu importe. Il est absolument fâcheux qu’une épreuve intéressant au plus haut point l’industrie française n’ait pu s’accomplir sans effusion de sang.
   Mais hélas ! c’est la loi de tous les progrès ! Et il me semble qu’on serait terriblement « réactionnaire » si, parce que quelques accidents mortels sont venus peser sur cette expérience, on interdisait toutes les autres?   Si quelque chose est à réprimer dans les abus de l’automobilisme, ce n’est pas l’excès de vitesse auquel les chauffeurs se livrent, dans un seul jour de l’année, sur une route qui doit être surveillée, mais c’est la folie et l’audace de certains chauffards qui, tout le long de l’année, sur n’importe quelle route, mettent en danger les piétons par leurs allures absolument désordonnées.
   M. Gérault-Richard, le leader socialiste dont l’on attendait une formidable explosion de haine contre les « capitalistes » vante, au contraire, dans la Petite République, les bienfaits de l’automobile « socialiste », appareil des temps prochains et de la société future où tous les hommes seront frères et… communistes. On ne s’attendait point à voir le socialisme en cette affaire.
   La voiture automobile, savez-vous qu’elle représente un des éléments de la société communiste ? Parfaitement. En même temps que l’individu se libère de la domination du capitalisme, il doit s’affranchir des sujétions individuelles. Il faut que disparaisse de plus en plus la nécessité de recourir, pour ses satisfactions personnelles, à l’assistance de son semblable ou des animaux. Avec l’automobile, chacun va où il lui plaît. Sa fantaisie n’est plus limitée par le bon plaisir des autres et les forces du cheval. Il monte sur sa machine et se dirige à son gré, grâce à quoi les relations entre les personnes et la collectivité se multiplient à l’infini.
   Enfin, — car nous sommes dans l’obligation de nous limiter dans ces citations sur lesquelles nous reviendrons dans notre prochain numéro — La Liberté, un beau titre que ne dément pas le contenu du journal, se plaît à glorifier hautement ingénieurs et chauffeurs qui assurèrent au mépris de leur vie le triomphe de l’industrie automobile.
   Nous ne pouvons-nous empêcher d’éprouver une réelle admiration pour les hommes audacieux qui affrontent en si grand nombre de si terribles dangers. C’est là un spectacle en quelque sorte réconfortant, de voir tant d’énergie dépensée à la poursuite d’une légère gloire, tant d’intelligence employée à la conquête d’un progrès.
   La France se distingue encore, à la tête des peuples civilisés, par cette fièvre dans la lutte et par son génie créateur. C’est encore elle qui aura le plus contribué à ces grandes inventions qui transforment si profondément la vie moderne et jusqu’à l’état social : l’automobilisme, la direction des ballons, la navigation sous-marine.
   Ce sont autant de conquêtes françaises. Elles coûtent quelques vies. Mais elles apportent heureusement un peu de fierté, un peu de gloire à notre pays.
G. Jougla.

Translation by DeepL deepl.com
The Press and Paris-Madrid.
   Sunday’s disastrous day was covered in various ways by our colleagues at the daily newspapers, but—it should be noted—the articles in question are infinitely less aggressive than the scathing diatribes we read in the wake of Paris-Berlin. Two years ago, our colleagues were screaming and hurling insults; today, they are discussing the matter.
   Le Temps, which has never been suspected of bias in our favor, published a front-page article from which we have excerpted the following lines:
   No one disputes the services that speed races rendered to the early days of the automobile. These races, organized in France, contributed greatly to endowing cars and engines with the speed and endurance that made French manufacturers so successful.
 But this achievement is now a given. The speeds attained are such that it has become necessary to regulate them, and the speeds reached are no longer permissible except in racing. Racing thus ceases to be a means and becomes an end in itself. It is self-sufficient. Like Saturn, it devours its children.
   The automotive industry does not need to embark on such adventures to sustain itself and continue to grow. It can organize what Mr. Waldeck-Rousseau, in the speech we cited, called “endurance competitions.” In a highly regarded book on motoring, a distinguished engineer, Mr. Gérard Lavergne, recently wrote:
   “We unhesitatingly prefer endurance races to speed races… Speed races pit cars against one another that are not comparable; in particular, they exhibit differences in engine power that make the contest absolutely lopsided. They lead to the construction of cars ill-suited for everyday use, sometimes entirely unsuitable for any serious purpose…
“Let us therefore retain speed races, but by asking only what they can deliver and by regulating them in such a way as to make accidents as rare as possible…”
   Our colleague, La Presse, always very sports-minded, in an article signed by its editor, Mr. Léon Bailby, is very supportive of the sport and the industry we champion: Is it appropriate to show such indignation over these regrettable incidents? For my part, I answer very clearly: no.
   First, from the list of victims—which has been deliberately inflated—please strike the names of the racers, if you will. They do not ask to be pitied or avenged. They knew full well what they were doing. They were risking their lives. And they took that risk with a courage and composure that do not benefit each of them individually, but which serve to enhance the prestige of those who will emerge victorious.
   Then there are the unwitting victims. They deserve all our compassion. Were the people whom this senseless death took from their homes struck down by their own recklessness or by the fault of poor crowd control? It matters little. It is deeply regrettable that an event of the utmost importance to French industry could not be carried out without bloodshed.
   But alas! Such is the law of all progress! And it seems to me that we would be terribly “reactionary” if, simply because a few fatal accidents have marred this experiment, we were to ban all others?
   If anything is to be curbed among the abuses of automobile use,  it is not the speeding that drivers engage in on a single day of the year on a road that is supposed to be monitored, but rather the recklessness and audacity of certain reckless drivers who, throughout the year, on any road, endanger pedestrians with their utterly reckless driving.
   Mr. Gérault-Richard, the Socialist leader from whom we expected a tremendous outburst of hatred against the “capitalists,” instead extols, in „La Petite République„, the benefits of the “Socialist” automobile—the vehicle of the coming era and of the future society where all men will be brothers and… communists. We certainly did not expect to see socialism involved in this matter.
   Did you know that the automobile represents one of the elements of communist society? Absolutely. As the individual frees himself from the domination of capitalism, he must also free himself from individual dependencies. The need to rely, for one’s personal satisfaction, on the assistance of fellow human beings or animals must gradually disappear. With the automobile, everyone goes wherever they please. Their imagination is no longer limited by the whims of others or the strength of a horse. They get into their vehicle and go wherever they wish, thanks to which the relationships between individuals and the community multiply infinitely.
   Finally—for we must limit ourselves in these excerpts, to which we will return in our next issue—La Liberté, a fine title that the newspaper’s content fully lives up to, takes great pleasure in extolling the engineers and drivers who, at the risk of their own lives, ensured the triumph of the automotive industry.
   We cannot help but feel genuine admiration for these daring men who, in such great numbers, face such terrible dangers. It is, in a way, a heartening sight to see so much energy expended in the pursuit of fleeting glory, so much intelligence devoted to the conquest of progress.
   France still stands out, at the forefront of civilized nations, for this fervor in the struggle and for its creative genius. It is France, once again, that has contributed most to these great inventions that so profoundly transform modern life and even the social order: the automobile, balloon flight, and submarine navigation.
   These are all French achievements. They have cost a few lives. But fortunately, they bring a little pride and a little glory to our country.
G. Jougla.