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Après la Course – La Locomotion Automobile – No. 7, July 1895

In four separate and small articles, the complete route of the world’s first auto race was published in La Locomotion Automobile. The four separate sections are meticously described, whitnessing thereby how carefully the preparations were made by the organisers. (Translation separately).

Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais gallica.bnf.fr
Texte et photos compilé par motorracinghistory motorracinghistory.com

La Locomotion Automobile — 2e Année, No. 7, juillet 1895, pages 145-146 + 148-149

Après la Course

   On gagne, à juger la course longtemps après que les voitures sont passées, plus de netteté dans les réflexions. La poussière aveugle moins; la fièvre d’enthousiasme pour le vainqueur est tombée, et l’on devient le juge impartial qu’on ne peut être au lendemain même de l’épreuve.
   Les lecteurs de la Locomotion Automobile savent déjà que 46 voitures, tant à deux, qu’à trois et à quatre roues, étaient engagées pour la course. Sur ce nombre, 18 jugèrent modestement, mais avec raison sans doute, qu’elles n’étaient pas piétés à affronter les terribles 1,200 kilomètres ininterrompus que comportait le voyage de Paris à Bordeaux et retour ; et 22 seulement prirent le départ à Versailles.
   Terribles 1,200 kilomètres, en effet, qui n’ont permis qu’à 12 voitures seulement de faire leur virage à temps voulu à Bordeaux, et à 9 seulement — 9 sur 46! — d’accomplir tout le parcours en 100 heures, soit de faire 12 kilomètres à l’heure.
   Les quatre premières voitures arrivées sont mues par la gazoline, et la gazoline employée dans le même type de moteur, celui de Daimler. C’est donc en réalité l’allemand Daimler qui a gagné la course.
   Les moteurs à vapeur, sur lesquels on avait mis beaucoup d’espérance, n’ont pas pu accomplir plus du huitième de l’itinéraire. Ils ont péri par leur poids, ainsi que nous le verrons.
   Quant aux moteurs électriques, ils se sont montrés là ce qu’ils sont toujours : souples et rapides… tant qu’ils fonctionnent, mais totalement paralysés en somme par l’énorme impedimentum des accumulateurs qui leur fournit l’énergie nécessaire.
***
   Le vainqueur moral de l’épreuve est M. Levassor, qui a eu l’héroïque courage de demeurer 48 h. 47’ sur sa voiture, l’enlevant par son énergie, pour ainsi dire, et la portant au poteau comme un jockey de premier ordre le fait pour son cheval. Je suis heureux d’avoir ainsi pronostiqué dans mon précédent article que la course, appartiendrait, sans aucun doute, non aux brûleurs de route à 60 à l’heure, mais à un « homme sage », homo sapiens, sage parce qu’il sait.
   M. Levassor a conduit sa voiture avec un brio quelquefois dangereux pour sa propre vie (il suffit de l’avoir vu traverser les angles droits de certains villages pour en être convaincu), mais toujours inoffensif pour son moteur. M. Levassor a conservé une allure constante, surtout à l’aller, bien en dedans des moyens de son moteur. Il ne l’a jamais surmené au risque de le claquer. Il l’a toujours considéré comme un bon animal, ce qui est encore le meilleur procédé pour obtenir le maximum de rendement d’un moteur; il lui parlait le long du chemin, pour se désennuyer; il chantait à la mesure que battait le cylindre — et il est arrivé à Paris, le 13 juin, à midi 57, alors que son plus proche concurrent n’atteignait la Porte-Maillot qu’à 6 h. 37’ du soir.
   Je crois que M. Levassor a donné là à tous les constructeurs et à tous les conducteurs de véhicules automobiles une leçon d’affection pour sa machine qui doit enseigner quelque chose II a aimé son n° 5 comme le héros de Zola aimait sa « Louison » ; il a démontré ce que peut l’énergie intelligente d’un homme sur une mécanique. Il a tenu à monter lui-même la machine qu’avaient construite ses ateliers.
***

   Un autre enseignement, plus sérieux, se dégage de la course qui fut donnée il y a un mois : sur les cinq ou six concurrentes sérieuses de l’épreuve, deux voitures à deux places se trouvaient — et ce sont ces deux-là qui sont arrivées premières à Paris; l’une onze heures, l’autre cinq heures avant toutes rivales. Ce sont les voitures les plus légères – ou les moins lourdes, si vous voulez — qui ont gagné!
   C’est en effet par leur poids énorme que les automobiles à vapeur par exemple ont perdu dès les premiers kilomètres toute chance déplacement. L’effrayant mu2 les a tués, leur a brisé les bielles comme des pailles. Il faut désormais, en automobiles, chercher la plus grande légèreté possible, ou se condamner à des mécomptes douloureux dès qu’une épreuve de vitesse se présentera. Telle est la plus claire leçon de la course du 8 juin dernier.
***
   En résumé, les retentissantes journées d’il y a un mois ont nettement démontré, et c’est pour moi, je l’avoue, une agréable démonstration, que l’automobile devait dès aujourd’hui s’inspirer de la construction vélocipédique pour sortir de la voie routinière où nous le voyons depuis une dizaine d’années engagé. Toute autre considération serait, je crois, peu importante à côté de celle-ci qui est capitale. Aussi devons-nous applaudir à la tentative, audacieuse mais réussie, de M. Michelin qui n’a pas craint d’adapter des pneumatiques à sa voiture qui pesait 800 kilogs! Les pneumatiques ont tenu bon, tant mieux ! Ils indiquent aux constructeurs où est la vérité : dans la réduction de la valeur de mv * !
   De sérieux renseignements me permettent d’ailleurs d’affirmer que le peuple le plus mécanicien peut-être de la terre, le peuple américain, aux routes cependant si primitives, a compris que la légèreté d’une voiture automobile et par suite sa suspension logique étaient les conditions essentielles de sa vie. Et nous devons nous attendre à voir dans quelques mois débarquer au Havre, dans un emballage savant, des quadricycles à gazoline dont la légèreté nous surprendra.
   J’espère que les capitaux français, si peu disposés à soutenir l’industrie neuve, et par là rémunératrice, des voitures automobiles — mais si portés aux spéculations insondables à l’étranger, sauront à temps se grouper pour empêcher l’automobilisme, né en France, de passer à l’Amérique, comme jadis la vélocipédie, fille française, passa à l’Angleterre.
L. Baudry de Saunier.

La Locomotion Automobile — 2e Année, No. 7, juillet 1895, pages 148-149

RÉSULTATS de la COURSE des YOITURES AUTOMOBILES du 11 JUIN 1895, Paris-Bordeaux-Paris, 1190 kilomètres
PREMIÈRE Voiture arrivée à Paris
N° 5. — Voiture à pétrole, 2 places, MM. PANHARD ET LEVASSOR 2e Prix, 12,000 francs, le 1er prix ne pouvant être attribué qua une voiture à 4 places. Durée du parcours : 48 heures 47 minutes.
Deuxième arrivée
N° 15. — Voiture à pétrole, 2 places; MM. les Fils de PEUGEOT Frères. — 3e Prix, 6,000 francs. Durée du parcours : 54 heures 35 minutes.
Troisième arrivée
N° 8. — Vis-à-vis à gazoline, 4 places; MM. les Fils de PEUGEOT Frères. — 4° Prix, 3,000 francs. Durée du parcours : 59 heures 49 minutes.
Quatrième arrivée
N° 16. — Phaéton à pétrole, 4 places; MM. les Fils de PEUGEOT Frères. — PREMIER PRIX, 30,000 francs. Durée du parcours : 59 heures 48 minutes.
Cinquième arrivée
N° 12. — yis-à-vis à pétrole, 4 places; M. ROGER. — 5e Prix, 3,000 francs. Durée du parcours : 64 heures 30 minutes.
Sixième arrivée
 N° 7. — Voiture à pétrole, 4 places, forme dog-cart; MM. PANHARD ET LEVASSOR. — 6e Prix, 3,000 francs. Durée du parcours : 72 heures 14 minutes.
Septième arrivée
N° 28. — Voiture à pétrole, 5 places; MM. PANHARD ET LEVASSOR. — ?» Prix, 3,000 francs. Durée du parcours : 78 heures 7 minutes.
Huitième arrivée
N° 13. — Phaéton à- pétrole, 4 places ; M. ROGER. — Prix supplémentaire, 1,500 francs. Durée du parcours : 82 heures 48 minutes.
Neuvième arrivée
N° 24. — Omnibus à vapeur, 6 places ; M. BOLLÉE. — Prix supplémentaire, 1,500 francs. Durée du parcours : 90 heures 3 minutes.
Toutes ces voitures ont été gravées spécialement pour la LOCOMOTION AUTOMOBILE

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