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Le concours du „Petit Journal“, La Grande Journée – Le Petit Journal – 23 July 1894

Introduction on its way. (Translation separately).

Avec l’autorisation du Bibliothèque national français, gallica.bnf.fr/ https://www.bnf.fr/fr
Texte et photos compilé par motorracinghistory.com

Le Petit Journal, Vol. 32, No. 11532, 23 juillet 1894

Le concours du « Petit Journal »
LA GRANDE JOURNÉE

   Lorsque vous lirez ces lignes, suivant la formule traditionnelle, nous, aurons cessé (quand je dis-nous, je parle de la maisonnée tout entière du Petit Journal) de rouler à fond de train, à demi-vitesse; à lenteur fixe, sur toutes les routes et sur tous les pavés ou macadams, dans les voitures de toute forme et de tout système, que l’ingéniosité des constructeurs a soumises à notre jugement, au jugement sincère de gens qui sont désireux de faire connaître au grand public ce qui existe, afin de provoquer l’arrivée plus rapide de ce qui doit venir.
   Le jugement en question, vous le connaîtrez demain, chers lecteurs, puisque c’est ce matin, vers le coup de midi, que nous avons promis de le rendre, en notre âme et conscience, absolument comme air Palais de Justice. Et nous le rendrons tel, vous n’en doutez pas.

   Le moment n’est pas encore venu de jeter un coup d’œil d’ensemble sur ce concours absolument original, qui a, j’ose le dire toutefois, recueilli dès à présent tous les suffrages des gens compétents et tous leurs encouragements.
   Je me contenterai d’encadrer, à votre intention, dans ces quelques lignes, avant de vous laisser passer au compte rendu de la grande épreuve, quelques-unes des voitures que notre dessinateur a pu crayonner au vol, c’est-à-dire à l’arrêt. Ceux de nos lecteurs qui, au nombre de cent mille, ont vu passer hier les voitures sans chevaux sur la route de Rouen, les reconnaîtront sans peine. Elles sont moins plaisantes à l’œil que celles dont nous avons donné hier les images « animées », c’est-à-dire avec des voyageurs assis dedans. Différence entre le tableau à figures et la nature morte.
   Nous sommes là vingt-cinq qui depuis trois jours avons passé par toutes les phases 3de la surprise. Ce concours nous a révélé tant de choses que nous ignorions et que nous allons à notre tour révéler au public, lequel les ignore encore davantage ! C’est ce qu’on appelle proprement vulgariser.

   Eh bien ! vous me croirez si vous voulez, mais à force d’examiner des voitures sans chevaux, à force de monter dedans et de filer ainsi, pendant des cinquantaines de kilomètres tous les matins, nous nous figurons être déjà au siècle prochain, lorsque la voiture automotrice sera de toutes les fêtes et de tous les transports.
   Les quelques fiacres que nos occupations nous forcent à, prendre dans Paris nous paraissent ces jours-ci démodés. Le cheval qui les traîne nous fait l’effet d’un nonsense. Le dos du cocher nous offusque. Nous vivons dix ans, vingt ans peut-être, avant le moment voulu, mais c’est, ainsi.

   Pourquoi ces voitures qui roulent dans Paris sont-elles traînées par des animaux encombrants et capricieux ? Comment peut-on voyager autrement qu’en automobile ?
   Vraiment ces épreuves consécutives nous auront bien donné la vision de l’avenir.
   Mais je passe la plume à nos collaborateurs. Ils vont ci-dessous vous conter par, le menu cette mémorable journée d’hier. C’est une page de l’histoire des transports, oui, une curieuse page.
   C’est le point de départ, encore une fois, d’un effort qui se continuera jusqu’à l’épanouissement complet. Et la solution définitive du problème qui se pose devant les chercheurs ne se fera certainement pas attendre, à présent que l’élan est donné.
Nous voilà arrivés, nous, le jury. Aux chercheurs de trouver le complément logique des résultats déjà brillants que le concours du Petit Journal aura mis en lumière.
Jean sans Terre.

L’ÉPREUVE DÉFINITIVE
   Un temps superbe, vingt et un partants sur vingt et un concurrents admis ; une foule considérable, telles sont les conditions dans lesquelles, s’est effectué hier matin à la Porte Maillot le départ des voitures sans chevaux.
   Dès sept heures les abords du restaurant Gillet étaient noirs de monde. Quelques fiacres, quelques victorias élégantes qui avaient amené là des curieux stationnaient à l’entrée du Bois de Boulogne; un nombre considérable d’habitants de Neuilly ou du quartier de la Grande-Armée venus là en voisins, des centaines de cyclistes des deux sexes guettaient rangés sur les trottoirs l’arrivée des concurrents. Parmi les personnalités présentes, aperçu le prince de Sagan et M. Gordon Bennett, propriétaire du New-York Herald, le journal américain bien connu. M. Gordon Bennett prend, du reste, à notre concours un tel intérêt, qu’il a chargé un de ses rédacteurs : de suivre à bicyclette les différentes phases de la dernière épreuve ; son journal vient de commencer la publication d’une série d’articles sur le concours du Petit Journal.
   Dans les groupes, en attendant de pouvoir discuter l’élégance des voitures, ou la valeur comparative des moteurs, on s’extasie sur le beau temps qui favorise le concours.
   – Il fallait, dit un spectateur, que, le Petit Journal organisât quelque chose pour nous ramener un peu de soleil.
   Puis ceux qui ont assisté aux départs des journées précédentes renseignent complaisamment les curieux qui viennent pour la première fois.

   A sept heures un quart, les premières voitures paraissent à la grille de l’octroi. Elles sont aussitôt entourées par la foule qui se précipite pour les voir de près, pour les examiner en détails pour supputer leurs chances d’après leur aspect extérieur. On dirait des fanatiques de courses de chevaux qui, avant une épreuve, entourent leur favori à sa sortie du paddock.
   Il n’y a qu’un itinéraire cette fois pour tous les concurrents ; aussi les fait-on ranger dans l’ordre de leur numéro d’engagement. Ils se placent à cinq mètres les uns derrière les autres le long du trottoir du boulevard Maillot.
   La foule augmente sans cesse et autour de chaque arbre sont formés de véritables faisceaux de bicyclettes ; bon nombre de cyclistes, qui veulent suivre l’itinéraire annoncé et qui craignent de se laisser distancer, sont allés se poster sur l’avenue de Neuilly, prêts à sauter en selle dès que la voiture de tête se mettra en marche.
   A huit heures moins dix, dix-neuf voitures sont rangées, n’attendant plus que le signal du départ. Les membres, du jury, les rédacteurs du Petit Journal, les ingénieurs prennent place dans le break, le phaéton ou le vis-à-vis qui leur a été désigné. Il y a malheureusement moins de places disponibles que d’aspirants voyageurs, beaucoup viennent demander à faire la route invoquant des amitiés, faisant valoir des titres sérieux ; on est obligé de les éconduire avec regrets mais avec fermeté.
  — Complet partout ! comme disent les conducteurs d’omnibus.

   Enfin, à huit heures précises, tous ceux qui doivent partir sont casés ; les conducteurs de voitures sont à leur posté. Les gardiens de la paix font, pour la dixième fois, déblayer la chaussée sans cesse envahie par le flot des curieux ; un brigadier se rend vers le bureau des tramways de l’avenue de Neuilly pour arrêter pendant quelques instants le passage des trains de Saint-Germain ou de Courbevoie — des voitures à vapeur aussi., mais qui ne prennent pas part au concours.
   A huit heures une minute, le départ est donné au n° 4 qui est en tête de la colonne, puis, comme les jours précédents, de trente en trente secondes aux autres concurrents.
   A huit heures dix, la dernière, des automobiles s’engage dans l’avenue de Neuilly ou les curieux se sont portés au pas gymnastique. La colonne est précédée, flanquée, suivie par d’innombrables cyclistes et aussi par quelques voitures à moteur mécanique qui vont faire le parcours en amateurs.
   La dernière voiture a déjà fait trois ou quatre cents ‚mètres, lorsque deux retardataires, le 19 et le 60, arrivent sur le boulevard Maillot. On leur apprend que le départ est achevé et les voilà partis à la poursuite de leurs concurrents.
   On avait pourtant bien prévenu tout le monde qu’il fallait se trouver au rendez-vous à 7 h. 45, dernière limite, et que le départ serait donné à huit heures précises !

Voiture à 4 places Gautier (Pétrole)
Victoria Peugeot (Pétrole)
Phaéton Peugeot à 2 places (Pétrole
Voiture à boggie de Dion (Vapeur, 4 places)

   Voici maintenant les dépêches que nous avons reçues de divers points du parcours:
Mantes, midi 50.
   La première partie du voyage depuis Paris jusqu’à Mantes n’est qu’un long triomphe pour les concurrents. Partout du monde en foule qui acclame et qui salue, partout aussi des nuées de cyclistes qui précèdent et qui suivent sans parler de ceux qui avec une imprudence sans pareille escortent les voitures entre les roues les bordures des trottoirs.
   Les premières ovations sont recueillies — et moi foi c’est bien justice — par la voiture qui conduit la colonne, le n° 4 à MM. de Dion, Bouton et Cie, dans laquelle ont pris place au départ : nos collaborateurs Jean sans Terre et Franc Lamy, puis son propriétaire, le comte de Dion, et enfin son invité, le prince de Sagan qu’on trouve toujours prêt à encourager par sa présence toutes les manifestations sportives, car ceci devient vraiment un sport et je vous le montrerai tout à l’heure.
   Tout va bien jusqu’à l’entrée de Nanterre, sauf toutefois la poussière qui gêne énormément tout, le mondé ; mais, suivant l’expression d’un membre du jury, il ne faut pas dire du mal de toute cette poussière, c’est le « nuage de l’apothéose » et, de fait, cette journée est bien l’apothéose de la voiture fin de siècle.
   A Nanterre, un incident fâcheux se produit : la voiture no 44, à vapeur (système Serpollet), en abordant l’ignoble pavé de l’ignoble route que les ponts et chaussées ont l’aplomb de présenter aux contribuables comme une route nationale, fléchit sur une de ses roues et reste en panne. Les voyageurs sont recueillis par la voiture suivante, et la tête de colonne parvient ainsi à Chatou, puis au Pecq.
   Elle est composée de la voiture à vapeur de Dion et de cinq, ou six voitures à pétrole, ainsi que de la voiture n°18 à vapeur Serpollet. Elle arrive à la forêt de Saint-Germain, puis fait un arrêt, prévu d’avance, de dix minutes, à la sortie de la forêt pour permettre aux membres du jury de changer de voiture et de faire des comparaisons.

   Poissy, Triel, Vaux et Meulan sont franchis toujours à la même allure rapide par la voiture no 4 qui continue à tenir la tête, et les voitures à pétrole qui la suivent, à quelques minutes è peine et soutiennent très joliment son train d’enfer.
   Après un second arrêt d’un quart d’heure à la sortie de Meulan les sept ou huit voitures de tête ont repris la route de Mantes où elles arrivent dans l’ordre suivant au milieu des vivats de la foule qui ne les attendait certainement pas sitôt : le no 4 traverse le pont de Mantes â onze heures sonnant.
   En défalquant les vingt-cinq minutes d’arrêt, la voiture a mis deux heures trente-cinq de marche effective pour franchir la distance qui sépare la porte Maillot de Mantes-la-Jolie. Trois minutes après arrive à une allure extraordinairement brillante le numéro, 65, Peugeot et aussitôt après le 15, Panhard et Levassor.
   En dix minutes se succèdent à travers les rues de Mantes et à fort belle vitesse, le 28, le 64, le 30, le 14, le 10. Je disais tout à l’heure que ceci était un sport, et la preuve c’est que sur la route, nos voyageurs ont rencontré des voitures à pétrole dont les propriétaires viennent avec intérêt prendre des nouvelles de (?) confrères sur la route, offrant leurs bonnes chances s’ils en ont besoin, avec une frater (?) qui a fait cyclique.
   Arrivent entre onze heures et demie onze quarante-cinq le 13, le 24, le 27, le ***, le 42. A midi, le 60, à midi cinq, le 85, midi quinze, le 19. En somme tous les concurrents sont arrivés aisément dans délai sauf deux.
   Les ingénieurs qui ont bien voulu (??nnex) leur précieux concours au Petit Journal se montrent enchantés de leur voyage et de cette intéressante épreuve.

Mantes, 1 h. 30.
Vient d’arriver à midi 30 le 61, à M. Roger de Montais ; à 12 h. 44 le 7 et à 1 h. 16 le 19.
   Un fait fort remarqué par tous ceux qui se trouvaient dans les voitures : le calme parfait des chevaux. Aucun d’eux ne s’effraie à la vue des véhicules dépourvus de leurs congénères.
   Un paysan craignant le contraire avait enveloppé la tête de son cheval ; le malheureux était entièrement masqué et est resté ainsi empaqueté durant tout le temps du passage des concurrents.
   Le temps est absolument superbe et tel qu’on pouvait le souhaiter, ni pluie, ni trop forte chaleur.
   Les photographes, inutile de le dire, se sont répandus à profusion sur la route.

Nouveau type Panhard et Levassor (Pétrole, 4 places)
Phaéton Panhard et Levassor (Pétrole)
Voiture Chastel et David (Vapeur Serpollet)
Voiture à 7 places (Vapeur Serpollet)

Vernon, 22 juillet, 3 h. soir.
   Le trajet de Mantes à, Vernon s’exécute avec une précision mathématique. Quelques minutes avant une heure et demie, heure militaire, un clairon va sonner le rassemblement, dans les rues de Mantes.
   A une heure trente exactement, par un temps couvert ii souhait, en dépit de la poussière, toutes les voitures se mettent en marche à grande vitesse pour atteindre Vernon, 22 kilomètres point d’arrêt convenu entre les concurrents.
   La voiture n° 4, partie la dernière, continue à aller le diable ; elle, arrive à Vernon, devant l’hôtel du Soleil d’Or, à deux heures vingt-cinq minutes. Arrivent successivement, après elle, le 28 (Peugeot) à une minuté, qui marche admirablement et semblerait prouver que pour la vitesse le pétrole ne craint plus la vapeur.
   Sur la route, quelques incidents aimables :
D’abord le propriétaire d’un jardin à Triel, avant Mantes, qui a offert des abricots à tout le monde, puis les maires de différentes communes qui ont fait tirer le canon ; enfin le dépositaire du Petit Journal à Bonnières qui a offert à la première voiture de la colonne un magnifique bouquet.
   Je note, au fur et à mesure qu’ils arrivent en excellent état comme des coursiers fin de siècle qu’ils sont, les numéros ci-dessous entre 2 h. 30 et 2 h. 45 : les 13, 64 et 31.
3 h. 30 soir.
   Arrivés successivement à quelques minutes à peine, d’intervalle 65, 42, 13, 63,30, 24, 18, 14, 27, 60, 10, au milieu d’une foule de plus en plus, enthousiaste. Un accident manque de se produire : un cheval effrayé par une des voitures s’emballe et arrive à toute vitesse au milieu de la foule massée sur la place de Paris. Par un bonheur inouï, un des assistants a réussi à arrêter l’animal ayant qu’aucun accident ne se fût produit.
   A trois heures dix minutes, le lot presque complet est passé.

A ROUEN
Rouen, 11 h. soir,
   Voici quatre jours que nous courons les grandes routes sur des voitures sans chevaux de toutes formes et de tous systèmes. Mais c’est vraiment aujourd’hui que nous avons eu la sensation complète de l’importance de l’épreuve organisée par le Petit Journal et des conséquences inappréciables qu’elle aura dans l’avenir.
   Pendant les trois premières journées, nous n’avions accompli que de trajets relativement courts, une cinquantaine de kilomètres au plus, mais aujourd’hui, c’était la grande épreuve.
   Nous ne nous adressions plus aux habitants des communes voisines de. Paris, nous, allions avoir affaire à des populations moins familiarisées avec les modes de locomotions rapides que nous nous proposions de faire défilée sous leurs veux.
   Je tiens à constater immédiatement que l’effet produit a été considérable, énorme et en quelque sorte analogue à celui que dut produire le passage des premiers trains de chemin de fer, sur ce même parcours de Paris à Rouen.
   Tous ceux qui ont pris, part au voyage d’aujourd’hui en conserveront un inoubliable, souvenir. Comment oublier, en effet, cette haie ininterrompue sur un parcours de plus de 100 kilomètres ; ces habitants des petites communes se portant au-devant des voitures automobiles et les saluant de chaleureux, applaudissements ?
   On nous a jeté des fleurs par monceaux, des gerbes as blé et jusqu’à des fruits qui ont fait une agréable diversion à la poussière que nous avalions. Les bouquets nous étaient lancés très adroitement, ma foi, par de jeunes et jolies femmes; les fruits nous étaient offerts par de braves paysans qui nous les montraient de loin, afin que nous pussions ralentir l’allure de nos véhicules et les saisir au passage.
   Aux fenêtres, sur les portes, des vieillards saluaient avec une sorte d’émotion ces véhicules de l’avenir, d’un avenir certainement prochain. Des instituteurs, des religieuses avaient fait ranger sur les trottoirs leurs élèves, afin de les faire assister à un spectacle qui datera évidemment dans les annales de ce pays.

   Faut-il parler des cyclistes qui par centaines nous ont suivis, quelques-uns depuis Paris, beaucoup d’une ville à l’autre ? Ceux-là aussi ont rivalisé d’entrain et de bonne grâce pour faciliter le passage des concurrents comme toujours.
   Ils ont fait avec une incomparable endurance un service très utile d’éclaireurs et d’estafettes. Voitures mécaniques et cyclistes, tout cela marche ensemble et on ne concevrait guère les uns sans les autres. Parmi ces zélés da cyclisme, nous devons une mention à une gracieuse cycliste que nous avions eu le chagrin, de voir ramasser ce qu’en terme de métier on appelle une pelle formidable; la malheureuse, qui descendait une côte à emballage, avait sans doute heurté une pierre ou tout autre obstacle et était lourdement tombée.
   Elle était restée- un, moment sans connaissance et nous avions craint qu’elle ne se fût grièvement blessée. Il n’en était rien, et une demi-heure plus tard, nous la retrouvons, montant avec entrain les plus rudes cotes.
   Les voitures ont produit un effet très différent suivant leur nature. Lorsque les curieux, voyaient passer, par exemple, à une vitesse inouïe, la voiture à vapeur de Dion, ils éprouvaient une sorte d’effroi ; mais lorsque c’était une légère voiture de promenade, mue par un moteur à pétrole, tout le monde semblait plus rassuré.
   Les applaudissements allaient cependant à l’un et à l’autre de ces genres de véhicules.
   J’ai fait une grande partie du trajet d’aujourd’hui dans la voiture de Dion et j’ai remarqué que, chaque fois que nous étions aperçus par es groupes stationnant à une certaine distance, des curieux, des femmes principalement, qui se trouvaient à gauche de la route traversaient à quelques mètres devant la machine et passaient à droite.

   Très intrigué pendant quelque temps de ce fait, j’ai fini par en avoir l’explication. La place de droite de notre voiture était occupée par le capitaine, de Place, brillant officier, en même temps que savant distingué ; et comme il était en uniforme, les curieuses qui apercevaient de loin le rouge de son képi se portaient de préférence de son côté pour mieux voir le brave officier. Sans compter qu’il a rendu de grands services à M. de Dion, une première fois lorsqu’un peu avant d’arriver à Pont-de-l’Arche nous nous sommes heurtés à un empierrement de quelques centaines de mètres, empierrement fait bien mal à propos par les ponts et chaussées.
   Il était fort difficile de naviguer sur ces cailloux tranchants. Avec une rapidité pleine d’à-propos, le capitaine de Place et M. de Dion ont appelé à leur aide des braves cultivateurs qui assistaient à notre naufrage, et en deux temps deux mouvements, la voiture soulevée de terre franchissait ce mauvais passage.
   Plus, loin, nouvelle alerte. Par suite d’une fausse indication, notre véhicule s’engage sur une montée à pic qui n’était pas la vraie route, et au moment où, s’en apercevant, le mécanicien veut virer, un faux mouvement nous jette dans un champ de pommes de terre.
   Là encore, la voiture a été remise, dans le bon chemin grâce à l’énergie du capitaine de Place, et nous avons, pu faire à Rouen une magistrale entrée, à cinq heures trente, sur le Champ-de-Mars, où la foule nous a accueillis par des bravos prolongés.
   Les véhicules qui se sont succédé ont été également fêtés, et ainsi s’est terminée au milieu des applaudissements cette journée commencée par des vivats sur l’avenue de Neuilly.

   En résumé, tout le monde a le, droit d’être satisfait. Voitures à vapeur ou à pétrole ont fait leurs preuves et l’accueil qu’elles ont reçu du public a dû prouver à leurs propriétaires ou inventeurs combien la question à l’étude de laquelle ils se sont voués intéresse, les masses.
   Tous, ceux qui ont assisté à ce concours d’un genre si nouveau ont eu en quelque sorte la prescience qu’une ère, nouvelle va s’ouvrir en ce qui concerne la locomotion.
   Le concours du Petit Journal aura une portée incalculable, me disait, il y a quelques instants, un Rouennais qui était venu au-devant de nous à bicyclette. On s’en apercevra bien lors de L’Exposition, dé 1900. Cette fois encore le Petit Journal aura donné le mouvement et ce mouvement sera fécond. »
Roland.

Rouen, minuit.
   L’arrivée à Rouen s’est-faite au milieu d’une foule énorme. D’ailleurs, on peut dire que la foule n’a pas cessé depuis Pont-de-l’Arche où les premières voitures ont été acclamées par des milliers de curieux, massés à droite et à gauche de la route. Partout des nuées de cyclistes.
   A Gailon, un accident s’est produit par suite de la rupture d’un tube. Une explosion s’est produite dans la voiture de M. Scotte. Malheureusement dans cette explosion, qui a causé les plus graves avaries dans la voiture, le chauffeur a été légèrement blessé.
   Voici, par ordre d’arrivée et par heure, la liste des voitures:
No’s MM.
4 de Dion, 4 pl., vapeur 5 h. 40
65 Peugeot, 4 pl, pétr.   5     45
28 Peugeot, 4 pl, pétr.   5     50
13 Panhard et Levassor, 4 pl., pétr. 6 3
31 Peugeot, 5 pl., pétrole. 6  7
42 Le Brun, 4 pl., pétri. 6 24
15 Panhard et Levassor, 2 pl., pét. 6 30
64 Panhard et Levassor, 4 pl., pét. 6 49
53 de Bourmont, 4 pl., petr; 7 1
30 Peugeot, 3 pl., pétr.  7 2
24 Vacheron, 2 pl„ gazoline. 7 3
27 Peugeot, 2 pl. gazoline.  7 5
14. Panhard et Levassor, 4 pl., pétr. 7 10
85. Roger, 4 pl., pétr. 8 9
60 Le Blant, 8 pl. vapeur.  8 50

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