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L’Éliminatoire francais (1) – La Vie automobile – 14 May 1904

This is the first of a series of four articles in the French magazine La Vie automobile. In this first one, the route for the French elimination trials is described very meticuously. Lying in the north-east of France, the commision responsible to find the route for that elimination, undertook considerable efforts to find one that would resemble the 1904 Gordon Bennet Race in the German Taunus mountains. Finally they did! And so, preparations for the 1904 Gordon Bennet Cup got on their way.

Avec l’authorisation du Conservatoire numérique des Arts et Métiers (Cnum) – https://cnum.cnam.fr
Text et photos compilé par motorracingistory.com.

La Vie Automobile 4e Année. — N° 137. – Samedi 14 Mai 1904.

L’Èliminatoire francais (1)

   C’est vendredi prochain 20 mai que sera courue l’épreuve éliminatoire qui désignera les trois champions français pour la coupe Gordon-Bennett qui se courra, elle, en juin.
   Cette épreuve fut décidée, on se le rappelle, sur un vote de la Commission sportive de l’Automobile Club de France, afin de permettre à tous les constructeurs de lutter pour la détermination d’une sélection qui représentât réellement ce que notre industrie automobile compte de meilleur.
   Un vote de la Chambre des députés autorisa le ministère à sanctionner l’épreuve.
   Il y a quelques jours, le gouvernement, en la personne du ministre de l’Intérieur, crut devoir apporter un changement au parcours primitif de l’épreuve dont nous avons donné a configuration il y a deux mois.
   Ce changement devait être accepté immédiatement par la Commission sportive de l’A.C.F., sans quoi l’autorisation était retirée aux organisateurs. Les organisateurs s’inclinèrent. C’est donc de ce nouveau parcours que nous allons nous occuper aujourd’hui.
   Ainsi que nous avons eu déjà l’occasion de l’annoncer dans notre dernier numéro, le nouveau tracé de la course passe par Vouziers, le Chesne, les Crêtes de Neuvizy et Rethel. Ici une première réflexion : lorsque l’on jette les yeux sur une carte de la région nord-est de la France, on est surpris de ce choix d’un itinéraire aussi médiocre, alors que dans la même région existent tant de belles routes sur lesquelles il eût été si facile d’organiser la course !

   Nous ne sommes du reste pas les premiers à manifester notre étonnement de ce choix ; d’autres avant nous ont déjà murmuré. A ces plaintes il fut répondu que l’on avait essayé, autant que possible, de trouver en France un itinéraire approchant, au point de vue difficultés, du fameux Circuit allemand du Taunus. Si c’est là réellement ce que l’on a voulu obtenir, on a réussi, car le nouveau parcours des éliminatoires est suffisamment casse-cou pour que de nombreux accidents soient à redouter. Nous souhaitons de tout cœur que nos craintes soient vaines et ne se réalisent pas ; nous espérons que les résultats nous donneront tort.
   L’impression qui ressort lorsque l’on a parcouru plusieurs fois les routes du circuit, est qu’elles sont trop étroites, que l’on y rencontre trop de mauvais : virages, enfin que le sol laisse, en de nombreux points du parcours, beaucoup à désirer.
   En certains endroits la route n’a pas plus de 3 mètres de large; dans les meilleurs points du parcours, elle ne dépasse guère 6 mètres, auxquels viennent s’adjoindre, il est vrai, les bas-côtés, dont on enlève l’herbe en ce moment mais qui ne présenteront qu’une bien faible résistance au roulement pour des véhicules lancés à 110 ou 120 kilomètres à l’heure !

   On cherche bien également à diminuer le danger des mauvais virages, en les élargissant à la corde, mais ce sol, tout el nouvellement refait, résistera-t-il à l’effort d’arrachement de cent-vingt à cent-trente véhicules ? Car le parcours se faisant six fois, et les concurrents étant nu nombre de 29, on peut compter sur un minimum de passages variant entre ces deux nombres.
   Ce qui en revanche ne pourra être amélioré, ce sont les virages à angle droit de Vouziers et des Crêtes de Neuvizy, et ceux, plus dangereux encore, de Biernes et Bourcq. Quant à la ligne du petit chemin de fer que l’on rencontre après le Chesne et qui longe la route pendant 3 kilomètres après l’avoir traversée au bas d’une descente de 1 500 mètres à 5 %, nous ne pensons pas que l’on puisse la faire disparaître ! Elle est fort dangereuse assurément.
   Ces observations faites, nous devons reconnaître que les autorités locales font tout ce qu’elles peuvent pour améliorer le parcours, puissamment secondées qu’elles sont par le service des Ponts et Chaussées. Un peu partout, sur le parcours, on rencontre des équipes de cantonniers occupés à arracher l’herbe des bas-côtés pour élargir la route, ou bien empierrant et sablant les trous, nivelant le sol, ou faisant disparaître des dos d’âne. Mais, encore une fois, tous ces louables efforts seront-ils suffisants et n’aurait-il pas mieux valu choisir un autre itinéraire, en empruntant les grandes routes nationales dont cette région abonde ?
   Le service d’ordre sera assuré par 5 000 hommes de troupe ; les cyclistes militaires de Lunéville serviront de pilotes, à Rethel, à Vouziers et au Chesne, et enfin toutes les brigades de gendarmerie du département donneront avec ensemble !

   Examinons maintenant le parcours dont nous donnons une carte soigneusement annotée.
   Le départ sera donné au lieu du Mazagran, qui se trouve placé au point d’intersection de six routes se rencontrant en pleine campagne au milieu d’une vaste plaine. Trois maisons, dont une en construction, élevant leurs silhouettes grises sur la monotonie de la plaine, tel est le départ ; voilà Mazagran (1). (1) Mazagran est une halte simplement, et non un village. Son nom rappelle un épisode de la conquête de l’Algérie. — La route qui va du camp de Châlons à Mézières est ainsi semée de 6 petites haltes, dont Mazagran est la dernière, qui portent un nom algérien : la Mosquée, etc. — A Mazagran, un indigène construit une maison en ce moment. Il va établir une terrasse sur son toit, des plates-formes sur échafaudages, et compte louer le tout fort cher pour le jour de la course : « J’espère bien, dit-il, que la course me rapportera le prix de ma maison ! » — En voilà un du moins qui ne maudira plus les automobiles !

   A partir du départ, la route file droite en une pente légèrement accentuée, pour se relever bientôt et s’incliner à nouveau en une série de petites montagnes russes, assez comparables aux ondulations de la route de Quarante-Sous. Cette ligne droite se continue pendant 3 kil. 1/2. Puis, au haut d’une crête, la route oblique assez brusquement à gauche, descend rapidement pendant 5oo mètres, puis tourne à nouveau presque à angle droit pour arriver par une nouvelle descente dans le petit village de Bourcq.
   La route se continue ensuite toute droite .et en descendant toujours jusqu’à Vouziers, qui se trouve à 9 kil. du départ et dont la traversée comporte une neutralisation de 10 minutes.
   A huit cents mètres de Vouziers, on quitte la grande route nationale pour tourner à gauche à angle droit et prendre la route du Chesne. Deux kilomètres de ligne droite, et léger virage à droite ; la route qui, depuis Vouziers, est raboteuse, s’améliore et devient excellente.
      On trouve ensuite, pendant environ trois kilomètres, un excellent parcours, qui est brusquement coupé par un dos d’âne placé juste au milieu d’un petit pont.
   Cinq cents mètres plus loin, la même rencontre se reproduit. On arrive ainsi à Bellay, où l’on traverse les rails d’un petit chemin de fer à voie étroite.
   La route reprend alors, excellente, jusqu’au village de Quatre-Champs, dont la traversée comporte quatre virages successifs.
   A partir de Quatre-Champs, la route reprend fort belle et monte sur une assez longue distance pour arriver au lieu dit la Maison Rouge et gagner ensuite le Chesne.

   La traversée du Chesne a une neutralisation de 5 minutes ; nous ne nous occuperons donc pas de la route à cet endroit.
   Après avoir quitté le Chesne, la route monte légèrement et s’incline à gauche ; elle présente ensuite, pendant cinq kilomètres, une série de longues lignes droites aux ondulations légères. A partir de cet endroit, le sol est mauvais sur un parcours d’environ un kilomètre. Il s’améliore ensuite pour redevenir détestable au village de Chagny.
   Ou atteint ensuite Bouvellemont, dont la traversée, très mauvaise, comporte un arrêt de 30 secondes.
   Un peu après Bouvellemont, on rencontre une longue descente, assez rapide, de 5 à 6 %. Cette descente est en ligne droite et pourrait se faire à toute allure- s’il ne se rencontrait, au bas, les deux rails d’un petit chemin de fer Decauville actuellement en construction. Ces deux rails constituent un véritable danger,
   La route remonte ensuite rapidement, et est bordée, pendant 2 kil. 1/2, par la ligne du petit chemin de fer, qui en emprunte un tiers, la réduisant à trois mètres, ce qui est bien étroit. A partir de cet endroit, belle série de lignes droites pendant cinq kilomètres, inclinaisons successives à gauche, puis nouvelles lignes droites jusqu’à Villers.
   La Crête se signale par un tournant à gauche à angle aigu, rappelant un peu le virage de Longlier du circuit des Ardennes belges.

   A partir de cet endroit, la route devient excellente et très large jusqu’à Rethel.
   A signaler seulement le passage à niveau de Novy-Chevrières qui a une neutralisation de 30 secondes.
   Cette partie de route allant des Crêtes de Neuvigny jusqu’à Rethel est certainement la plus belle du parcours.
   On arrive à Rethel par une longue descente. La ville de Rethel, dont la traversée est d’environ 1 500 mètres, est neutralisée ; la durée de cette cinquième et dernière neutralisation est de 10 minutes.
   Aussitôt après Rethel, on rencontre deux petites voies de train-tramway.
   On atteint ensuite, par une ligne droite de deux kilomètres, un premier virage à gauche qui se termine par une descente rapide, dont la longueur est d’environ 6 à 700 mètres ; au bas de la descente, on trouve un tournant très brusque où commence le petit village de Biernes. Ce point est très, très dangereux.
   De Biermes, on gagne ensuite Pauvres, puis Mazagran.
   Comme on le voit, la toute du circuit, que les concurrents devront courir six fois, n’est pas positivement une piste !

   Le départ sera donné aux concurrents de deux en deux minutes ; cela représenterait donc, si tous les coureurs étaient présents, 58 minutes, soit le temps suffisant, pour le premier, d’avoir couvert un tour avant le départ du vingt-neuvième. Cette éventualité n’est pas à craindre, car les neutralisations retiendront les coureurs assez longtemps pour que le premier ne puisse revenir moins d’une heure vingt après son départ.

Théry sur voiture Georges Richard-Brasier. (Derrière, debout, MM. Brasier et Pérignon). cnum.cnam.fr
Les concurrents. — Léger sur voiture Mors. cnum.cnam.fr
Les concurrents. — Gabriel sur voiture De Dietrich. cnum.cnam.fr
Les concurrents. — Wagner sur voiture Darracq. cnum.cnam.fr

   La première neutralisation est de dix minutes ; elle comporte la traversée de Vouziers ; la seconde est de cinq minutes, elle a lieu au Chesne; la troisième, qui a été imposée à la dernière heure, et que nous approuvons pleinement, sera de trente secondes : elle est située à la sortie de Bouvellemont, au bas d’une longue descente, à un endroit où la route est coupée par la ligne d’un petit chemin de fer allant à Baalon. La quatrième neutralisation, également de trente secondes, est affectée au passage à niveau de Novy-Chevrières, et la dernière de dix minutes à la traversée de Rethel.
   Des chronométreurs seront placés à l’entrée et à la sortie de chaque neutralisation.
   Le chronométreur placé à l’entrée d’une neutralisation remettra au cycliste pilote la fiche du concurrent ; le cycliste partira en avant du coureur et remettra la fiche au chronométreur du contrôle de sortie qui, le temps de neutralisation expiré, donnera le départ au coureur.
   Une véritable escouade de chronométreurs sera donc nécessaire pour mener à bien une semblable épreuve ; il en faudra, en effet, un au départ, deux à Vouziers, deux au Chesne, un à Bouvellemont, un à Novy-Chevrières et deux à Rethel, soit neuf en tout.
   Le pointage des feuilles sera nécessairement assez long, et le résultat ne sera pas connu immédiatement, car il est possible qu’il se produise des erreurs dans les neutralisations.
   Enfin, comme les coureurs auront à couvrir six fois le parcours, en prenant une moyenne de 1 h. 20 par tour, ce qui est certainement un minimum, on arrive au total de huit heures pour le parcours total.

   Quant à l’heure de départ, elle n’est pas encore fixée ; on présume, toutefois, que la Commission sportive de l’A. C. F. se décidera pour 5 heures du matin.
   Les routes seront complètement interdites à la circulation à Partir de 4 heures du matin et ne redeviendront libres qu’à 4 heures du soir.
   En donnant le premier départ à 5 heures on sera certain que le terrain est complètement déblayé, et le premier concurrent pourra avoir terminé vers 1 heure de l’après-midi ; et le vainqueur, serait-il parti le dernier, aurait certainement, lui aussi couvert le parcours avant 2 heures de l’après-midi.
   Les populations ardennaises attendent impatiemment la grande épreuve, et nous devons dire pour être juste, qu’en dehors de la grande curiosité que suscite la course, l’espoir, pour ces braves gens, d’un honnête gain vient s’ajouter à leur curiosité. On compte sur une foule considérable de visiteurs, et les curieux qui seront massés autour du circuit atteindront certainement un chiffre de plusieurs centaines de mille.
   A l’heure actuelle, toutes les chambres des hôtels de Rethel, Vouziers, Attigny et le Chesne sont déjà retenues ; en dehors d’elles, presque toutes celles qui sont disponibles chez les particuliers sont louées. Beaucoup de curieux feront donc bien d’emporter dans leurs voitures des couvertures et des vivres, s’ils ne veulent souffrir du froid et jeûner quelque peu dans la nuit et la journée du 20 mai.
   Pour voir la course, on aura le choix sur les 88 kilomètres du parcours ; dans tous les cas, les amateurs d’émotions pourront se poster près des virages de Biernes, de Bourcq, de Vouziers et des Crêtes de Neuvizy. Les friands de vitesse n’auront qu’à choisir sur les longues lignes droites de Rethel à Vouziers. Quant à ceux qui tiennent à examiner les concurrents à leur aise, ils n’auront qu’à rester dans les neutralisations.
   Pour se rendre au Circuit, en dehors des deux trains spéciaux de L’Auto, la Compagnie de l’Est organise un train spécial pour Rethel.
   Le prix des places dans ce train, qui est véritablement populaire, sera de 15 francs, aller et retour, en seconde, et de 10 francs en troisième ; de plus, les voyageurs auront la faculté d’emporter avec eux leurs bicyclettes, qui seront transportées moyennant un supplément de 1 franc.
   Terminons en souhaitant qu’aucun accident ne soit à déplorer et qu’un beau temps favorise l’épreuve !
Adrien Gatoux.

Photos.
305. Itinéraire de L’Eliminatoire.
V. d., virage dangereux. — N, neutralisation. — (to), temps de neutralisation. — dd, dos d’âne – TT, train-tramway coupant la route. – PN, passage à niveau. – I-I-I-I train-tramway longeant la route. — SR, sol raboteux.
306. Les concurrents. — Théry sur voiture Georges Richard-Brasier. (Derrière, debout, MM. Brasier et Pérignon). — Léger sur voiture Mors.
307. Quelques vues du Circuit de l’Eliminatoire
Virage dans Rethel. – Sortie de Rethel. – Caillois sur Richard-Brasier. – Le virage dans Vouziers. – Ligne droite avant Pauvres – Arrivée dans Vouziers. – Une belle ligne droite. -Un sol raboteux. – Le virage dans Vouziers. – Ligne de tramways longeant la route.
308 – 309. Les concurrents. — Clément fils, sur voiture Bayard. — Peltzer sur voiture Serpollet. — Wagner sur voiture Darracq. — Gabriel sur voiture De Dietrich.

***
Les personnes qui se rendront en automobile en Allemagne pour assister à la Coupe Gordon-Bennett, qui se courra le 17 juin à Hombourg, sont informés qu’elles peuvent retirer au bureau de la Commission sportive de l’Automobile Club de France, contre un questionnaire signé par elles et le versement d’une somme de 2 francs, un écusson qui leur évitera de déposer les droits de douane à la frontière et leur donnera toutes facilités policières et autres.
Les écussons devront être fixés à la voiture d’une façon très apparente. Les personnes qui ne posséderont pas ces écussons rencontreront toutes sortes de difficultés au passage de la frontière.
* * *
Voici les noms des conducteurs avec les numéros que porteront les voitures :
NUMÉROS CONDUCTEURS MARQUES
1 Gabriel                De Diétrich.
2 Baras                  Darracq.
3 Hanriot               Bayard-Clément.
4 P. de Crawhez     Hotchkiss.
5 L. Théry              Georges Richard-Brasier.
6 Le Blon               Gardner-Serpollet.
7 Salleron              Mors.
8 H. Farman           Panhard et Levassor.
9 Rigolly                Gobron-Brillié,
10 H. Rougier         Turcat-Méry.
11 Jarrott               De Diétrich.
12 Béconnais          Darracq.
13 Guders              Bayard-Clément.
14 Achille Fournier  Hotchkiss.
15 Caillois.             Georges Richard-Brasier.
16 Chanliaud          Gardner-Serpollet.
17 A. Léger            Mors.
18 Teste                Panhard et Levassor.
19 Duray                Gobron-Brillié.
20 De la Touloubre  Turcat-Méry.
21 Baron de Forest De Diétrich.
22 Wagner             Darracq.
23 A. Clément        Bayard-Clément.
24 Amblard            Hotchkiss.
25 Stead                Georges Richard-Brasier.
26 Pelser                Gardner-Serpollet.
27 Lavergne           Mors.
28 Tart                  Panhard et Levassor.
29 Alexander Burton Gobron-Brillié.