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Course et Concours, La Coupe Gordon Bennett – L’Automobile- 25 June 1904

The magazine „L’Automobile, Revue des locomotions nouvelles“, mostly called „L’Automobile“ also published a whole serie of articles that accompanied the Gordon Bennet Cup for 1904. Meaning technical descriptions of participating cars, descriptions of some of the tracks for the eliminatory races, as well as reporting the actual Cup race itself. This one deals with the Gordon Bennet Cup Race on 17th June 1904

Avec l’autorisation du Bibliothèque national francais – gallica.bnf.fr Texte et photos compilé par motorracinghistory.com

L’AUTOMOBILE, Revue des locomotions nouvelles – 2e Année, No. 39, 25 juin 1904

Courses et Concours. – La Coupe Gordon Bennett en 1904, (17 juin 1904).
Victoire de l’industrie française

   La Coupe Gordon Bennett est de nouveau la possession de la France industrielle ; après avoir émigré durant deux années en Angleterre et en Allemagne, cette Coupe volage, symbole de la suprématie d’une puissante industrie, est enfin, grâce à Théry et à sa Richard-Brasier, notre propriété pour l’année 1904.
   Et nous pouvons être fiers de celte victoire, que nous avons remportée au prix de beaucoup de sacrifices et souvent, hélas ! de beaucoup de larmes ; mais à quoi bon revenir sur des deuils cruels ; aujourd’hui, nous avons le droit, le devoir d’être tout à la joie et de la manifester de toutes nos forces.
   De l’avis de la plupart de nos grands constructeurs, et de ceux qui s’occupent de la locomotion mécanique, de l’avis même des participants à la course, nous courions à une défaite presque certaine, et nous revenons victorieux, victorieux sur toute la ligne, puisque non seulement notre compatriote Thery a pris la place d’honneur, mais encore parce que Rougier et Salleron ont, eux aussi, terminé la course, donnant à la France la première place dans le classement par équipe et battant ainsi les autres nations, dont tous les représentants n’ont pu aller jusqu’au bout.
   Donc tout disparait devant ce résultat : la Coupe est rentrée en France sans contestation possible ; nous aurions pu gagner, mais jamais les plus optimistes d’entre nous n’avaient espéré gagner cette épreuve d’une aussi splendide façon.

   C’est au moment déjà ou quelques-uns commençaient á désespérer et croyaient que la France, la mère de la locomotion automobile, avait trouvé une terrible rivale, que nos constructeurs leur ont prouvé qu’ils n’abandonnaient pas la partie et que si nos concurrents revenaient sur nous à grandes enjambées, notre génie de créateurs nous permettait à nouveau de prendre une glorieuse avance, aussi glorieuse, certes, qu’une grande victoire de nos armées. Les conséquences d’un pareil triomphe industriel sont incommensurables pour la France. Que l’on ne croît pas que seuls ceux qui s’occupent d’automobiles en profileront, quoique ceux-ci forment une jolie armée de plus d’un demi-million d’hommes.

   Toutes les industries bénéficieront aussi largement de cette victoire, car les Français et les étrangers qui, convertis à la locomotion nouvelle, feront l’acquisition d’une voiture automobile, voyageront à travers la France, visiteront notre beau pays et, par cela même, feront vivre les industriels, les commerçants, les paysans qui se trouveront sur leur passage. Ayant appris à aimer et à connaitre ce pays, à raffoler de nos routes uniques, ils resteront attachés à notre sol et comprendront que, de même que l’automobile, les autres industries françaises, dont les produits sont peut-être plus chers qu’ailleurs, sont certainement bien meilleurs.
   Le Français qui, incontestablement, possède le génie des grandes découvertes, ne sait pas profiter de ce don unique ; il crée et laisse ordinairement le soin à ses voisins de perfectionner ses découvertes, de les mettre au point et d’en faire la diffusion – avec de gros bénéfices – à travers le monde.

   Eh bien ! seuls, les constructeurs d’automobiles ont employé ce moyen qui leur a merveilleusement réussi, puisque nous sommes en tété de cette florissante industrie ; que, dans des branches diverses, nos concitoyens n’hésitent pas a faire connaitre leurs marchandises, à en inonder les marchés, en les vendant à meilleur compte et ils verront que le public qui, avant tout, suit son intérêt, se précipitera sur nos produits, comme il se précipite sur les voitures automobiles de nos premières marques.
   Que le lecteur me pardonne celle digression, utile à mon avis, car là est la plaie sanglante qui met notre commerce et notre industrie en état d’infériorité par rapport aux Anglais, aux Américains et aux Allemands.
   Oui, certainement, la Coupe Gordon Bennett vaut pour nous une grande et belle bataille, et comme l’imprimait ces jours derniers un journal allemand de Francfort-sur-le-Main, cette victoire est pour les vaincus, pour les Allemands, un Sedan industriel.
   Qui sait quel est, des deux Sedan, le plus glorieux pour l’un ou l’autre peuple ?
   Du reste, rien ne peut mieux prouver l’importance capitale de celle manifestation que le séjour à Hombourg de l’empereur d’Allemagne, Guillaume II, qui, cela est certain, était venu assister à la Coupe avec la ferme conviction que l’industrie allemande serait victorieuse.

   Et, raison de plus, il faut qu’il ait attaché un énorme prix à celle victoire pour s’être dérangé ; il faut qu’il ait compris combien était grand l’avenir de cette industrie dont, pour le moment, son peuple est notre tributaire.
   Preuve plus concluante encore pour les esprits chagrins qui répondraient que Guillaume II a assisté à la course en sportsman, comme il aurait assisté aux régales de Kiel : l’empereur, dès la fin de l’épreuve, après avoir chaleureusement félicité les vainqueurs, a envoyé une dépêche de félicitations, que nos lecteurs trouveront plus loin, à notre Président de la République, M. Loubet, qui a aussitôt répondu.
   Il est inutile d’insister ; tout le monde comprend la haute portée de cet acte politique et courtois.
   Le gros public lui-même comprit fort bien combien était grosse la partie que nous avons jouée.
   Je vous assure que, vendredi dernier, on s’occupa fort peu à Paris des millions des Chartreux el des séances de la Commission d’enquête ; le public fut tout à la grande course d’automobiles qui se courait là-bas, dans le Taunus, et toute la journée il a attendu avec une impatience fiévreuse le résultat.
   Sur le boulevard, on ne s’abordait plus qu’avec celte phrase : « Et la Coupe ?
Avez-vous des nouvelles ? »

   A la fin de la journée, les éditions spéciales de nos confrères l’Auto et la Presse apprirent au public les résultats officiels.
   Dès que ceux-ci furent connus, ce fut une joie débordante, comme seuls des événements nationaux qui font vibrer le cœur peuvent en provoquer. Ce fut vraiment très émouvant.
   Le lendemain, tous les journaux, sans distinction d’opinion, même ceux qui, d’ordinaire, ne parlent pas de la locomotion nouvelle, consacrèrent des articles de première page de deux et trois colonnes à la gloire de l’industrie française.
   Il convient maintenant d’associer à ce triomphe non seulement Théry, sa merveilleuse voilure Richard- Brasier et l’ingénieur qui l’a conçue, M.Brasier, mais encore Rougier et sa Turcat-Méry, Salleron et sa Mors, Continental, Dunlop, Michelin et toute l’industrie française de l’automobile ; tous les ingénieurs tous les ouvriers qui, d’un commun effort, ont travaillé sans relâche à sa prospérité.
   Il convient aussi de féliciter sans réserve notre grand Automobile-Club qui a préparé, en organisant le Circuit des Ardennes, cette glorieuse victoire.

   Qu’il nous soit permis de lui dire ici, en passant, combien le résultat aurait été autre si le Club s’en était tenu à son idée première, de désigner d’office deux voitures Panhard pour nous représenter dans le Taunus.
   Ce système déplorable nous avait conduit, l’an dernier, à un désastre, honorable il est vrai ; le résultat aurait été le même cette fois-ci si nous avions persévéré dans cette voie fausse et injuste.
   Tous nos remerciements encore à M. le marquis de Dion, qui, par son autorité et son indépendance, fit triompher les partisans de l’éliminatoire, et plus tard, quoiqu’il n’eût aucun intérêt dans l’affaire, puisque ses voitures n’étaient pas engagées, obtint de la Chambre, grâce à son titre de député, l’autorisation de faire courir les éliminatoires sur le circuit des Ardennes françaises.
   Et maintenant que nous croyons avoir dit ce qu’il fallait dire, ce qu’il était de notre devoir de dire, passons au compte rendu détaillé de la course pour la Coupe Gordon Bennett.

   Qu’est-ce que la Coupe Gordon Bennett, qui fut instituée en 1900 par M. James Gordon Bennett, le richissime propriétaire du New-York Herald ?
Mais rien, un trophée banal de quelques billets de 1000 francs, qui, tout d’abord, même dans l’esprit du généreux donateur, ne devait pas avoir une importance capitale.
Pendant deux années, en 1900 et 1901, la victoire revint sans lutte à l’équipe française, et ce fut justement pour cette raison que l’épreuve n’intéressa personne.
En 1902, la Coupe se courut pendant la course Paris-Vienne, sur le parcours de Paris-Innsbruck.
En 1903, enfin, l’épreuve eut lieu en Irlande et fut d’une grande importance; nous fûmes battus par Jenatzy sur sa Mercédès.

Nous arrivons à celte année, où la Coupe a eu un ralentissement extraordinaire.
Dès le mardi 14 juin, un grand nombre de chauffeurs émigrèrent à Hombourg, afin d’assister au pesage des voilures, qui eut lieu le jeudi.
Tout ne se passa pas sans incidents, ni même accidents.
Tout d’abord, grosse émotion, la voiture de Edge prit feu, un fumeur maladroit ayant jeté sa cigarette dans l’essence.
Le commencement d’incendie fut heureusement éteint, et la voiture n’eut pas à en souffrir.
Ensuite, deux réclamations furent portées par le président de la Commission sportive française, M. Rene de Knyff, contre les Mercédès autrichiennes, qui s’étaient présentées au pesage sans siège pour le mécanicien et qui étaient munies du même manomètre que les Mercédès allemandes.
Les sièges furent ajoutés, les manomètres furent supprimés et tout alla pour le mieux.
Au pesage, l’assistance était énorme ; bref, toutes les voitures furent pesées, sauf cependant celle de Dufaux, qui devait représenter la Suisse, et qui eut malheureusement sa direction brisée.
Dans celle veillée des armes, plus de mille voilures firent le dur parcours de l’épreuve en tous sens ; l’Empereur lui-même le fit aussi en automobile, au milieu de l’enthousiasme général.
Le temps s’était remis au beau, les routes étaient sèches, les préparatifs terminés ; il ne restait plus qu’à attendre le lever du soleil pour donner le départ.
Il fut donne, aux heures ci-après, aux dix-huit voitures suivantes : (voir le table ici à gauche).

   Voilà enfin le grand jour arrive ; ce grand jour qui permit à la France de reprendre la Coupe.
   Donnons tout d’abord le classement général des concurrents qui prirent part à la Coupe :
1. Thery (Français), cinq heures, cinquante minutes, huit secondes.
2. Jenatzy (Allemand), six heures, une minute, vingt-huit secondes.
3. De Caters (Allemand), six heures, quarante-six minutes, trente et une secondes.
4. Rougier (Français), six heures, quarante-huit minutes, onze secondes.
5. Braun (Autrichien), six heures, cinquante-neuf minutes, six secondes.
6. Hautvast (Belge), sept heures, deux minutes, trente-six secondes.
7. Salleron (Francais), sept heures, quinze minutes, trois secondes.
S. Lancia (Italien), sept heures, dix-sept minutes, cinquante-quatre secondes.
9. Girling (Anglais), sept heures, vingt-deux minutes, cinquante-quatre secondes.
10. Cagno (Italien), sept heures, vingt-trois minutes, trente-six secondes.
11. Werner (Autrichien), sept heures, trente-deux minutes, quatorze secondes.
12. Jarrott (Anglais), sept heures, trente-six minutes, trente-deux secondes.

   Bien peu de chauffeurs ont dormi à Hombourg ou à la Saalbourg durant la nuit et, dès les premières lueurs du jour, la romantique petite ville, entourée de forets de sapins, retentissait du bruit ininterrompu des moteurs.
   Je vous prie de croire que personne n’était gai, chacun avait la gorge serrée, terriblement serrée, à la pensée que la bataille suprême allait se jouer dans quelques minutes.
   Dans les rues, c’était une cohue immense, énorme, une cohue cosmopolite, qui parlait presque tous les idiomes de la terre, le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, le russe, le hongrois, l’espagnol, le tout formant une délicieuse salade.
   A six heures un quart, on déblaye hâtivement la voie et l’empereur matinal, qui avait passé la nuit au Castellum romain, se dirige vers les tribunes.
   Guillaume II est à cheval, en uniforme de colonel de hussards ; il est acclamé et souriant, très affable, il salue.
   Quelques minutes après arrive l’impératrice, dans une voiture merveilleusement attelée à la Daumont, puis apparaissent les princes Henri de Prusse et Frédéric-Charles de Hesse, qui se dirigent vers la route, inspectent les voitures et serrent la main des concurrents.
   Pendant ce temps l’heure avance el les tribunes qui bordent la route s’emplissent à craquer.
   Les tribunes, qui ont été construites sur les plans de l’empereur, dominent la route et sont réunies par un pont qui passe au-dessus de la roule; elles ont très grand air et ont, du reste, coûté plus de 150 000 francs à construire.
   Encore quelques minutes et le départ va être donné à Jenatzy ; les concurrents, dont nous rappelons les noms plus haut, se mettent en ligne.
   C’est notre compatriote Tampier qui va leur donner le départ.

   Encore quelques secondes. Jenatzy et son mécanicien ajustent leurs lunettes ; c’est le moment suprême …
– Un, deux, trois … Allez !
Jenatzy est merveilleusement parti ; lorsqu’il passe devant la tribune impériale, l’empereur salue.
Et un à un, de sept en sept minutes, les concurrents s’enfuient. Seul de Caters perd quatorze minutes au départ, par suite d’un excès d’huile dans ses inflammateurs.
Mais le dernier est à peine en route que Jenatzy est déjà signalé; nous n’aurons donc pas à attendre longtemps. L’animation est en ce moment à son comble, et l’on a vraiment conscience que la partie qui se joue est de toute importance.
Voilà Jenatzy qui passe en trombe devant les tribunes. Il est salué par les traditionnels : « Hoch! Hoch! Hoch! » Puis voici l’Anglais Edge qui fait le premier tour en un temps excellent.
Le camp français n’aura pas longtemps à attendre. Théry accomplit son premier tour avec son calme habituel.
D’après les temps affiches, il fait dead-heat, à une seconde près, avec Jenatzy.
Pendant que les passages se succèdent, l’empereur s’est longuement promené, au milieu de la foule, avec le baron de Zuylen et M. Dumontpallier.
Le souverain a naturellement cause d’automobile ; il est, du reste, fort au courant de cette question, qui l’intéresse au plus haut point.
 Mais l’heure du déjeuner approche et les affames envahissent le restaurant. Tout le monde, même le frère de l’empereur, le prince Henri de Prusse, déjeune là à la bonne franquette. Guillaume II, lui, est allé déjeuner avec l’impératrice au château où il a passé la nuit.
   Donc, on mange, on boit et surtout on ne quitte pas des yeux le tableau d’affichage, ou chaque passage est marqué.

   C’est encore Jenatzy qui passe en tête au deuxième tour.
   Les Allemands sont pleins d’espoir ; nous, nous sommes inquiets. Ou est Thery ? Qu’est-il devenu ? Il ne peut encore être là, puisqu’il est parti presque une demi-heure après Jenatzy, et cependant nous voudrions le voir passer, afin de calmer nos appréhensions.
   Mais voilà une voiture qui arrive à folle allure. Bravo, c’est lui, c’est notre brave Thery qui a une minute quarante-cinq secondes d’avance sur Jenatzy.
   Et les autres concurrents se succèdent ; voici le baron de Caters, qui rattrape son retard ; voici Rougier, Edge, Girling, Storero, le baron de Crawhez, etc.
Il est à remarquer que toutes les voitures marchent très bien ; allemandes, italiennes, anglaises, belges, toutes sont excellentes et presque toutes se valent.
Cependant, seul le duel Jenatzy-Théry passionne les assistants.

   Au troisième tour, c’est encore Jenatzy qui passe en tête. Vingt-quatre minutes après surgit Théry ; il a donc dix minutes d’avance et maintenant, sauf un accident, un accident bête qui réduirait à néant toutes nos-belles espérances, la victoire est acquise à la France.
Derrière les deux premiers arrivent Cagno, de Caters et Rougier, qui se suivent à peu de minutes.
   A ce moment, les bruits les plus contradictoires, les plus énervants circulent. Que ne dit-on pas ? Que Jenatzy est en panne, que Thery a crevé un pneu, que l’un est mort, que l’autre est blessé ; il n’en est heureusement rien, et à l’heure prévue, à quatre heures quarante-cinq, Jenatzy passe la ligne d’arrivée au milieu d’un enthousiasme général.
   Théry a maintenant vingt-huit minutes pour arriver ; vingt-huit minutes qui nous semblent à tous longues comme des heures.

Enfin, dix-sept minutes après Jenatzy, notre représentant coupe la ligne d’arrivée ; il a donc gagné la course par onze minutes.
   Thery s’arrête, rayonnant, et mille mains se tendent vers lui. Brasier s’approche et les deux hommes se jettent dans les bras l’un de l’autre ; c’est vraiment très beau.
Jenatzy, les larmes aux yeux, vient lui-même féliciter son heureux adversaire.
Derrière Théry, sur sa Brasier, et Jenatzy, sur sa Mercedes, arrivent de Caters, également sur Mercédès, suivi de Rougier, sur Turcat-Méry, qui est battu de deux minutes seulement.
   Puis viennent Braun, Hautvast, Salleron, Lancia, Girling, Cagno, Werner et Jarrott.
   Le nombre des arrivants, sur ce parcours de plus de 500 kilomètres, est de douze ; le nombre des partants était de dix-huit.
   La moyenne est donc excellente, d’autant plus que certains concurrents ont abandonné, non pas par suite de pannes, mais parce que leurs voitures n’avaient plus de chance de prendre les places d’honneur.
   Il convient aussi de féliciter particulièrement ici l’excellente marque belge Pipe, qui s’est classée sixième aussitôt après les Brasier, Turcat-Méry et Mercédès. Le succès est d’autant plus beau que la marque belge prenait part pour la première fois à une épreuve de cette importance.
   Thery a fait tout le parcours sans une crevaison, ainsi que Jenatzy, de Caters, Rougier el Girling : soit donc deux Continental, un Dunlop et deux Michelin.
   Voilà encore un point sur lequel on doit insister. Jadis, les pneumatiques étaient la terreur des coureurs qui ne pouvaient faire 100 kilomètres sans crever ; il n’en est plus de même maintenant, et malgré les vitesses fantastiques accomplies par ceux-ci et les coups de freins brusques, les enveloppes n’éclatent pas.
   Aussitôt après la fin de la course, ainsi que nous le disons plus haut, S. M. l’Empereur Guillaume II, très fin politique, comme à son ordinaire, et voulant faire contre fortune bon cœur, a envoyé a M. Loubet un télégramme dont voici la teneur :

Hombourg, 17 juin, 8 heures 45 soir.
Président de la République française, Paris.
   Je m’empresse de vous féliciter, Monsieur le President, de la victoire que l’industrie française vient de remporter et dont j’ai eu le plaisir d’être témoin.
   L’accueil que le public a accordé au vainqueur prouve combien le succès gagne par l’intelligence et par une application courageuse sur un terrain d’intérêt réciproque sert à créer des sentiments exempts de rivalité.
GUILLAUME I. R.
M. Loubet a répondu :
Paris, 17 juin, 10 heures 20.
Sa Majesté Guillaume II, Empereur d’Allemagne, Roi de Prusse, Berlin.
   Je suis particulièrement reconnaissant à Votre Majesté de son aimable télégramme et des sentiments qui l’ont inspiré.
Le succès de l’industrie française ne pouvait être mieux apprécie que par l’industrie allemande, qui était parfaitement digne de l’obtenir.
EMILE LOUBET.

   M. Loubet a également remercié par télégramme le duc de Ratibor et le Deutscher Automobil Club des télégrammes qu’ils lui avaient envoyés.
   Après cette chaude bataille, ce fut du délire parmi les Français présents et aussi parmi les étrangers et même les Allemands.
   Durant la soirée et une partie de la nuit, le champagne coula a flot et l’on toasta sans relâche en T’honneur de l’industrie automobile.
   Les Allemands, très animes, poussaient des Hoch! Hoch! Hoch! des Prosit! et des Vive la France !
   Le lendemain matin, Guillaume II, entoure de nombreux dignitaires de la Cour, a reçu Brasier. L’Empereur désirait féliciter aussi Thery, mais celui-ci est resté introuvable.
   Pendant plus d’une demi-heure, le kaiser et le constructeur se sont entretenus. Guillaume II a félicité fort courtoisement Brasier el lui a remis aimablement sa photographie avec cette dédicace écrite de sa main : « Au grand ingénieur français Brasier, en souvenir de sa victoire du 17 juin. Wilhelm II. »
Guillaume II est parti de Hombourg dans la matinée.

   Le soir, il y a eu banquet au Kurhaus, sous la présidence du prince Henri de Prusse, qui avait à sa droite M. le baron de Zuylen, président de l’Automobile-Club de France, et à sa gauche, le président de l’Automobile-Club de Grande-Bretagne.
   Le lendemain dimanche, nous avons assisté, à Francfort-sur-le-Main, aux courses données sur l’hippodrome. Un public des plus nombreux s’y était donné rendez-vous, le temps était splendide.
   Les honneurs de la journée furent pour Willy Poege et Fritz Opel qui, l’un sur sa 60-chevaux Mercedes et l’autre sur son Opel-Darracq, font du 80 a l’heure. C’est maigre, du reste, d’autant qu’en manquant un virage, Opel entre dans le public et manque de tuer dix personnes. De telles épreuves, disons-le, sont d’une monotonie désespérante. Le seul moment intéressant de la journée a été celui où Théry, au milieu des « Vive la France ! » et aux accents de la Marseillaise, a fait un tour d’honneur. Il s’est contente de marcher en seconde modérée.

Voici les résultats :
   Motocyclettes, 3 milles : Nicodemi (Puch), quatre minutes, quarante-neuf secondes. – 2. Muller (Brennabor), quatre minutes, cinquante secondes. – 3. Gloenkler (Neckarslum), quatre minutes, cinquante-deux secondes. – 4. Hess (Neumarkt), quatre minutes, cinquante-quatre secondes.
   Course à l’alcool pour voitures 15 chevaux, 5 milles : 1. Henze (Cudell), huit minutes, dix secondes deux cinquièmes. – 2. Gleich (Adler), neuf minutes, une seconde deux cinquièmes. – 3. Lorenzen (Beaufort), douze minutes.
   Voitures deux cylindres, 14 chevaux, 15 milles : 1. Fritz Opel (Darracq), huit minutes, dix secondes quatre cinquièmes. – 2. Boehm (Benz), neuf minutes, vingt-huit secondes quatre cinquièmes. – 3. Kruck (Peugeot), neuf minutes, cinquante-cinq secondes.
   Course à l’alcool, 10 milles : 1. Willy Poege (Mercedes), douze minutes, vingt-neuf secondes un cinquième, gagne le prix de l’Empereur. – 2. F. Opel (Darracq), douze minutes, quarante-sept secondes. – 3. Dranda (Darracq). – 4. Teves (Adler).
   Course de voitures de 24 chevaux, 10 milles : 1. F. Opel (Darracq), onze minutes, cinq secondes un cinquième. – 2. Teves (Adler), onze minutes, onze secondes. – 3. Adam (Opel-Darracq), douze minutes, – 4. Maurer (Maurer). – 5. Brauning (Brauning).
   C’est une salade effrayante de huit partants dans un virage. Enfin, tout se passe bien, sans accrocs.
   Voitures 40 chevaux, 10 milles : 1. F. Opel (Darracq), quinze minutes, vingt-quatre secondes quatre cinquièmes. -2. Martin (Daimler), quinze minutes, vingt-huit secondes. – 3. Banda (Darracq), quinze minutes, quarante secondes. – 4. Oll (Westphal Dietrich), quinze minutes, quarante et une secondes.
   Coupe Peters (détenteur, W. Poege) : 1. Willy Poege (Mercedes), douze minutes, douze secondes (devient définitivement détenteur de la Coupe). – 2. F. Opel (Darracq), douze minutes, dix-sept secondes. – 3. Branda (Darracq), quinze minutes. – 4. Beutler (Dietrich), quinze minutes, trente-cinq secondes.

Et voilà. Après ces belles fêtes, nos compatriotes ont repris le chemin de la frontière française.
D’aucuns sont revenus en chemin de fer ; d’autres ont préféré revenir à Paris par le chemin des écoliers, en côtoyant ces admirables bords du Rhin qui s’étendent de Mayence à Cologne.
   Quant à M. Brasier et a Thery, non satisfaits encore du nombre de kilométres avalés, il sont rentrés à Paris mardi avec leur voiture de course.
   En résumé, nous pouvons être satisfaits de la journée du 17 juin ; il ne tient plus qu’à nous maintenant de conserver ce glorieux trophée encore l’an prochain; dans quelques jours, nous pourrons admirer la Coupe à l’A. C. F.
   En 1905, la course se courra en France ; nous avons tous les atouts pour vaincre de nouveau : notre valeur industrielle et l’énorme confiance que nous a donnée notre récente victoire,
PAUL SENCIER.

Photos.
Page 404. Le gagnant de la Coupe, Thery, sur sa voiture Richard-Brasier. – L’Empereur d’Allemagne dans sa tribune.
Page 405. Le second, Jenatzy, sur sa voiture Mercedes. – Vue générale des tribunes à la Saalbourg.
Page 406. Les poids servant à peser les voitures de la Coupe. – Les voitures attendant le pesage.
Page 407. La voiture de Jenatzy au pesage. – L’incendie d’essence qui a failli, la veille de la course, consumer la voiture de Edge.
Page 408. La musique militaire se rendant au départ de la course. – Le campement Bibendum. (MICHELIN).
Page 409. Le départ de Théry.
Page 410. Le public des tribunes à l’arrivée d’un concurrent. – Le départ de Théry.
Page 411. Thery en pleine vitesse sur la route. – La grande tribune.
Page 412. Le baron de Caters à l’arrivée. – L’arrivée de Théry.
Page 413. Un virage de Jenatzy.