motorracinghistory-motor-age-500px-web-s
motorracinghistory-omnia-500px-web-s
motorracinghistory-automobile-topics-500px-web-s
motorracinghistory-vie-au-grand-air-500px-web-s
motorracinghistory-le-sports-moderne-500px-web-s
motorracinghistory-armes-et-sports-500px-web-s

Le Grand Prix de l’A.C.F. 1921, Partie 2 – L’Auto – 26 July 1921

One day after the 1921 French Grand Prix on the la Sarthe road course, the daily magazine or newspaper l’Auto published an extended report on the race. Again, written by none other than Charles Faroux. Here the second part of that report in the Tuesday 26th July issue of L’Auto.

Textes et photos avec autorisation du Bibliothèque national francais, gallica.bnf.fr www.gallica.bnf.fr compilé par motorracinghistory.com

L’Auto, 22e Année, No. 7.528, Mardi 26 juillet 1921 – Partie 2.

SUR LE CIRCUIT DE LA SARTHE – 25 JUILLET 1921

Le Grand Prix de l’ACF 1921.

LA COURSE
AVANT LE DÉPART

   La grande foule sur le circuit. — Une modification dans l’ordre des départs.
(De nos envoyés spéciaux)

   Le Mans, 25 juillet (par dépêche). — La foule, celle des sportifs et celle du bon public, n’a pas boudé les autos comme il avait semblé qu’elle avait, hier, boudé le Grand Prix des Motos. Dès 4 heures du matin les voitures arrivent de Paris. On s’installe au petit bonheur, et pendant que les messieurs s’attablent devant un déjeuner réparateur, les dames s’assoupissent dans les carrosseries, souvent confortables, et réparent comme elles peuvent les traces de la fatigue du voyage.   Au camp américain, l’animation n’est pas comparable à celle d’hier. Dès 8 heures, la foule arrive ; plus une place à louer, ni aux tribunes, ni dans les loges. Les personnalités officielles de l’A.C.F., de l’A.O.O., de la ville et du département prennent place dans leurs loges. Carpentier, arrivé ce matin cherche en vain où s’asseoir.
   Aux boxes de ravitaillement, les Duesenberg et les Ballot sont les premières arrivées. L’équipe Talbot et Talbot-Darracq arrive ensuite suivie de la Mathis, que Mathis pilotera lui-même.

   A 8 h. 45, les voitures se rangent et se font photographier et cinématographier sur toutes les coutures.
   L’ordre des départs sera, donné de minute en minute et deux par deux; cette décision vient d’être prise à l’instant par la Commission sportive de l’A.C.F.
A 9 h. — De Palma (Ballot.
— — Mathis (Mathis).
A 9 h. 01. — Guiness (Talbot),
— — Thomas (Talbot-Darracq).
A 9 h. 02. — Guyot (Duesenberg).
— — Chassagne (Ballot).
A 9 h. 03. — Seegraves (Talbot).
—- Murphy (Duesenberg).
— — Wagner. (Ballot),
A 9 h. 05. — Boyer (Duesenberg).
— — Goux (Ballot).
A-9 h. 06. — Dubonnet (Duesenberg).
   Cette décision a été l’objet d’une longue discussion tout à l’heure. Les avis étaient partagés. C’est celui de la simplicité qui l’emporte. Notons tout de même qu’à 8 h. 50 le public ignore encore le changement.
   A quoi sert le speaker ?

Comment ils sont partis
   Une excellente innovation de l’Auto a consisté, quand nous organisions des courses, à réunir fraternellement les concurrents et leurs mécaniciens en un groupe imposant. L’A.C.F. nous a imité ; il a bien l’ait, et le public a applaudi. Les photographes ont opéré, les cinémas ont tourné, puis les hommes se remettent à leur machine.
   Neuf heures sonnent et les départs commencent.
Do Palma baisse sur place Mathis. Thomas et Guiness semblent s’attendre, car c’est l’Anglais qui prend la corde ; Guyot reste sur place deux secondes le temps à Chassagne de filer devant lui. Murphy s’en va doucement devant Seegraves ; Wagner part devant Boillot ; Goux passe Boyer, qui le repasse avant la passerelle.
   Seul le départ de Dubonnet fut s’ans duel, et pour cause! Il était seul… (Voir la suite en deuxième page)

En attendant le premier passage
   Le Mans, 25 juillet (par dépêche). — Ce ne sera pas long. Disons tout de suite que le service d’affichage a mieux marché aujourd’hui qu’hier, à la grande satisfaction du public et de la presse.
   On apprend aussitôt que Thomas s ‚est arrêté à Pontlieue, à 2 kilom. D’ailleurs, Thomas aura bien d’autres ennuie…
   De Palma passe le premier, très applaudi, devant Lee Guiness, Chassagne, Guyot, Murphy, dans l’ordre ; mais, en tenant compte du décala des départs, c’est celui-ci qui mène dans le meilleur temps.
   Au deuxième tour, le passage devant les tribunes se fait dans cet ordre : de Palma, Chassagne, Guyot, Murphy, Boillot. Murphy rattrape son retard du départ ; on le sent dangereux, et Bon tour est effectué en 7 m. 58 s. Wagner, le premier, se ravitaille au tour suivant ; il s’arrêtera plus longtemps et réparera en hâte divers petite ennuis, mais la course est perdue pour lui.
   Toujours pas de changement jusqu’au 6e tour. De Palma passe toujours le premier devant les tribunes, suivi de Chassagne, Murphy, Guyot, Joe Boyer, dans l’ordre ; mais l’écart kilométrique qui sépare Murphy des autres se comble petit à petit.
Dans le classement par temps c’est Murphy qui mène devant Joe Boyer et Chassagne. Vous pensez si notre représentant est acclamé à ses passages ! Pendant ce temps, Thomas a toujours ses petits ennuis. On apprend qu’il arrêta là, mais le speaker ajoute tout de suite qu’il repart. Il en est de même de Wagner.
   Dubonnet et Goux arrivent ensemble ; est-ce un duel sur la ligne droite ? Non, car Dubonnet s’arrête devant le box Duesenberg et changé de roues.
L’équipe Murphy-Joe Boyer
   Murphy augmente toujours son avance, bien suivi de son camarade d’écurie. Il rattrape Chassagne dans la ligne droite ; dès lors, dans l’esprit du public, plus aucune erreur possible. A ce moment, le classement est le suivant : 1. Murphy, 2. Chassagne, 3. Boyer, 4. Guyot, 5. de Palma, 6. Dubonnet, 7. Boillot, 8. Goux, 9. Lee Guiness.
   Du 6e au 10e tour, peu d’incidents s’étaient passés ; notons, toutefois — et ce fut applaudi avec justice — qu’André Boillot changea l’une de ses roues arrière en 17 secondes ! Voilà qui est bien près du temps-record, s’il ne le constitue pas. Seegraves change aussi deux pneus, mais avec moins d’adresse.

Chassagne prend la tête
   A la fin du 11e. tour, Murphy s’arrête au box Duesenberg. Tout le monde concentre son attention sur le temps qu’il mettra à se ravitailler : 2 minutes ! C’est suffisant pour que Chassagne passe en tête, follement applaudi.
   On attend le 12e tour : c’est Chassagne qui passe en tête ; il a, à ce moment, 1 m. 4 s. d’avance sur son rival. Le duel est passionnant ; il va se poursuivre jusqu’au 17e tour. A chaque passade, Murphy comble un peu de son retard ; il est plus vite que son rival. Dans le 14e tour, il reprendra une seconde, dans le 15e, 7 secondes, dans le 16e, 8 secondes ; mais Chassagne, qui a une marche régulière de 122 à l’heure, doit user à la longue son rival.
   Revenons aux autres concurrents : Mathis a arrêté au 6° tour et est rentré aux tribunes, acclamé pour le courageux effort qu’il poursuit depuis plusieurs mois, malgré les grèves de ses usines. Au lie tour, Dubonnet s’arrête pour ravitailler, et Boyer nous fait assister à un joli duel sur la ligne droite entre Seegraves et lui, duel dont il sort victorieux, puisqu’il disparaît le premier après la passerelle ; il n’est qu’à 2 minutes de Chassagne, mais s’arrête au 1413 tour pour changer de pneus.
La mi-course
   arrive sans que rien soit changé. Le 16° tour se passe ainsi, mais c’est au 17e que moue vivons le moment le plus pathétique de la journée.
Chassagne abandonne
   Chassagne point à l’horizon. Déjà, des bravos crépitent à son adresse, quand on le voit ralentir. Tout le public de l’enceinte se précipite aux rampes qui bordent la route; celui des tribunes se lève, comme mû par un ressort. Mais la Ballot vient tristement se ranger devant le quartier général : l’essence fuit à pleins seaux ; le réservoir est crevé. Chassagne et son mécanicien pleurent comme des enfants. Chez Ballot, c’est l’abattement que partagèrent, soyez-en surs, tous ceux qui étaient aujourd’hui au Grand-Prix.
   C’en est fait ! La voiture meurtrie est poussée doucement dans un camp, et Chassagne, à qui le public a fait une ovation dont il se souviendra, vient nous dire sa peine dans la tribune, de la presse.
   Dès lors, le duel franco-américain ne revêt plus de passion : Murphy mène devant Boyer, Guyot, de Palma et Dubonnet, dans l’ordre.

Murphy conservera la tête jusqu’à la fin
   Les Duesenberg mènent un train d’enfer. De Palma, n’est qu’en quatrième position, et il ne semble bien qu’aucune des trois places d’honneur ne doive lui revenir.
   Mais voilà qu’au 18″ tour on attend Boyer ; il devrait être là. On apprend plus tard qu’il a dû abandonner.
   Au 20e tour, Murphy est en tête, à 1 m. 21 s. devant Guyot, qui précède lui-même de Palma troisième.
   Aux 21e et 22e tours, pas de changement ; au 23e tour, Murphy a porté son avance sur Guyot à 2 minutes. Notons, à ce moment, que Goux, qui aura fait une course remarquable, s’arrête pour la première fois pour prendre une roue de rechange, car il a crevé en route. Arrêt très court, et le voilà reparti aux acclamations générales.
   Au 24e tour, le speaker annonce que Guyot s’est arrêté à cinquante mètres du virage de Pontlieue. L’attention est à nouveau éveillée, mais on voit arriver, peu après, Guyot qui change ses deux roues arrière sans avoir perdu suffisamment de minutes pour laisser la 2e place à de Palma. Mais Murphy a ainsi augmenté considérablement son avance.
   Aux 25e et 26e tours, il a un tour de plus que son plus proche adversaire. Au 20e tour, Dubonnet qui, lui aussi, aura fait une course surprenante, même pour ses meilleurs amis, n’a plus que deux minutes de retard sur de Palma.
   Puis les 27e et 28e tours se passent sans autre incident.
L’arrivée
   C’est, enfin, le dernier tour. Murphy est gagnant certain, mais, vous savez, une course ne se termine qu’au poteau. Si Murphy crevait ou avait un accident ?
   Le deuxième, maintenant, c’est de Palma, car Guyot, par erreur, s’est arrêté, lui laissant la seconde place, et la victoire américaine pourrait se transformer en victoire française.
   Mais non ! Murphy apparaît au loin. C’est lui le vainqueur. Comme tout bon Américain qui se respecte, il fait un tour de plus, certain ainsi de ne pas se tromper. Puis il s’arrête, acclamé de tout le public et de toute la colonie américaine, peu nombreuse, certes, mais remarquable par son exubérance enthousiaste. Murphy est présenté aux officiels de l’A.C.P., à qui il dit, en anglais, une joie que l’on est contraint de faire interpréter, mais que l’on devine aisément. Il fait un petit tour à la tribune de la presse, puis s’en retourne au Mans en auto avec une gerbe de fleurs sur les genoux.
   Les autres arrivées se succéderont sans que les applaudissements cessent. Boillot, pour n’être pas en reste sur Murphy, fera, lui aussi, son petit tour supplémentaire. De Palma recevra, aux tribunes, une superbe Ballot miniature ornée de fleurs naturelles, et les autres concurrents se promèneront encore longtemps avec leurs amis en tenue de course, sauf cependant André Dubonnet, qui s’est fait un point d’honneur de ne reparaître qu’en élégante tenue de ville.
   A 15 h. 30, tout est terminé.
——
AUTOUR DU GRAND PRIX
   Le Mans, 25 juillet (par dépêche}. — Dirons-nous que la petite cité artificielle du camp des Américains présentait, une animation beaucoup plus grande que celle de la veille ? Du commencement à la fin de la course, les tribunes furent bondées, et la pelouse parcourue d’un sens à l’autre, dans une poussière innommable. Dans la tribune d’honneur. M. le baron de Zuylen, président de l’A.C.F., qui présidait avec tous ses collaborateurs du grand club français ; MM. Singher et Durand, de l’A.C. O. ; général Vuillemot, commandant la région ; Steck, préfet ; Lebert, sénateur ; de Castille, maire, etc., etc. Nous renonçons à vous dire toutes les personnalités que nous rencontrâmes. On peut dire que chaque visage portait un nom connu.
   Aux alentours de l’arrivée, le buffet ne désemplit pas de la journée ; bien que les assiettes, à chaque service, fussent recouvertes d’une poussière épaisse, tout le monde l’assiégeait, à telle enseigne que, vers 10 h., il eut été impossible, à moins d’aller au Mans, de se procurer le moindre sandwich ou de se faire servir le plus léger repas !
Chassagne lui-même, le héros du jour, après son abandon malheureux, fut contraint de manger sur le pouce. En résumé, gros‘ succès et succès mérité.

Les moyennes réalisées dans les sept « Grand Prix de l’A.C.F.
1906 Szisz (Renault)                  101 k. 300 à l’heure
1907 Nazzaro (Fiat)                   113 k. 621 —
1908 Lautenschlager (Mercédès) 111 k. 276 —
1919 Georges Boillot (Peugeot). 110 k. 260 —
1913 Georges Boillot (Peugeot).  116 k. 190 —
1914 Lautenschlager (Mercédès).105 k. 550 —
1921 J. Murphy (Duesenberg).    125 k. 702 —

Le Mans reçoit les vainqueurs
   Le Mans, 25 juillet (par dépêche). — A 18 h. 40, un peu de retard sur l’horaire, les vainqueurs des j motos et des autos arrivent sur la place de la République. Une petite estrade a été dressée, sur la| quelle prennent place les voitures de Goux et de Palma ; à côté, les Duesenberg de Murphy et de J Dubonnet ; seule une motocyclette est exposée, celle de Vernisse.
   Peu après, l’A.C.O. recevait : toutes les personnalités officielles du Mans étaient là. M. Singher i reçut les concurrents-et la presse avec son affabilité coutumière, puis les vainqueurs parurent sur la place, noire de monde. Nous y allâmes. C’était un gentil spectacle. Jimmy Murphy* de Palma, Goux, Bennett reçurent chacun un ban enthousiaste. Ballot, le grand constructeur, en reçut deux, et (oserons-nous le dire) Faroux, notre camarade, j amené de force au balcon par ses amis de l’A.C.O., reçut des Manceaux l’accueil que lui vaut toute la grosse influence qu’il a dans le monde automobile.
——
   Entre deux journées de course, au Circuit de la Sarthe, il a fallu procéder rapidement au déménagement d’un énorme amoncellement de matériel, amené sur place pour l’épreuve des motocyclettes, et qui devait être enlevé pour laisser le champ libre aux grosses voitures. Pour ce faire, un travail de nuit a été nécessaire.
   Seule la fée électricité a pu rendre possible ce travail ; aussi eût-on tout naturellement recoure à S.E.V., la grande marque spécialiste de l’éclairage, du démarrage et de l’allumage électriques.
   Le chantier fut illuminé toute la nuit par la projection de quatre paires de phares de voiture, alimentées par une dynamo de voiture et sa batterie, qui se trouvaient montées sur le camion de service.
Grâce à ce flot de lumière fourni par S.E.V., les postes de ravitaillement purent être évacués et les tribunes nettoyées, de nuit.
   Nous avons également admiré un extraordinaire groupe électrogène de dimensions infimes et aisément portatif, capable d’alimenter 25 lampes de 25 bougies. Voilà une nouveauté sensationnelle, et qui fera son chemin ; c’est la solution idéale pour l’éclairage d’une villa, d’une ferme, etc. L’ensemble est aussi simple que pratique : il se compose d’un petit monocylindre Renault à soupapes commandées, d’une Dynastart S.E.V. (du modèle bien connu, lequel donne, sous 12 volts, une puissance de 300 watts), et d’une batterie d’accumulateurs Dinin.
   Il était de toute justice de signaler l’aide précieuse — et gracieuse — apportée par S.E.V. aux organisateurs ; le nombreux public ayant passé la nuit au bord des routes du Circuit l’a d’ailleurs bien remarqué, et nombreux oui été ceux qui passèrent commande d’un-de ces groupes si pratiques.
xxx
   Si vous n’avez pas une installation entièrement faite par Blériot, il faut, avant de partir en vacances, vous munir d’un projecteur de secours à l’acétylène, monté avec le nouveau Chalumeau Blériot, décuplant la lumière et ne consommant que 8 litres.
xxx
   Le Grand Prix de l’A.C.F., qui s’est disputé hier au Mans rappelle les succès précédents. Le Grand Prix de 1914, Indianapolis, la Targa Florio, la Coupe Gordon-Bennett, furent autant de victoires pour la Bougie Oléo. Elle, et l’Huile Négro, n’ont-elles point d’ailleurs été toujours les maîtresses de la route et de l’air ?

Les clichés.
Page 1. – GOUX – Troisième au classement et premier des conducteurs français, sur la 2 litres Ballot. – Murphy en vitesse au 51 tour. – DE PALMA (sur Ballot) – Premier des voitures françaises – La Duesenberg victorieuse. Au volant : Murphy.