motorracinghistory-motor-age-500px-web-s
motorracinghistory-omnia-500px-web-s
motorracinghistory-automobile-topics-500px-web-s
motorracinghistory-vie-au-grand-air-500px-web-s
motorracinghistory-le-sports-moderne-500px-web-s
motorracinghistory-armes-et-sports-500px-web-s

Au Volant – Hémery – la Vie au Grand Air – 23 February 1906

Text et photograhies avec l’autorisation du Bibliothèque national francais, gallica.bnf.fr, www.gallica.bnf.fr, compilé par motorracinghistory.com

La Vie au Grand Air, 9e Année, No. 389, 6 juin 1906

AU VOLANT – HÉMERY

Par C. FAROUX

Hémery, le vainqueur du dernier Circuit des Ardennes et de la Coupe Vanderbilt, n’est pas le téméraire irréfléchi qu’on croit communément PI Ses qualités caractéristiques sont l’audace raisonnée, le sang-froid, l’esprit de décision a Elles en font un des deux ou trois meilleurs conducteurs français.

C’EST l’homme en vedette, et des causes assez diverses font qu’il est aujourd’hui connu de tous. Vainqueur du dernier Circuit des Ardennes, il fut le disqualifié de Brescia ; triomphateur dans la Coupe Vanderbilt, il eut, voici quelques semaines, maille à partir avec les organisateurs du Meeting de Floride. Pour certains, la cause est entendue : Hémery manque totalement d’éducation et de savoir-vivre ; pour d ‚autres, c’est simplement un emballé, mais personne ne songe à nier ses remarquables qualités professionnelles.

Courte biographie
   Hémery est né au Mans : il va donc courir le Grand Prix de l’Automobile Club de France dans son pays d’origine, sur des routes qui lui sont familières, parce qu’il les a parcourues des centaines de fois, par tous les modes de locomotion, à pied, en voiture, à bicyclette. On conviendra que c’est d’un heureux augure, encore qu’Hémery n’ait pas besoin de cet adjuvant pour être installé comme un des favoris de la grande épreuve de vitesse de 1906.
   Notre héros a vingt-neuf ans aujourd’hui ; la Vie au Grand Air a popularisé ses traits. Il est familier à tous les habitués des grandes solennités sportives, le visage aux méplats rudes, aux yeux clairs, à la mâchoire énergique. Cet ensemble, que couronne une tignasse crépue, donne une saisissante impression de fermeté et d’obstination. Le langage est brusque, les façons saccadées : cet Hémery est un beau type de volontaire.
   Sa carrière a été rapide : il débuta dans l’automobile, dont il avait l’ardent amour, en travaillant aux usines Bollée. Le pays manceau a fourni bon nombre de champions au sport automobile ; Henry Fournier n’est pas le moindre d’entre eux. Hémery, qui était rapidement devenu un excellent ouvrier, vint à Pans en 1899 et entra aux usines Darracq. Il s’y fit rapidement remarquer par ses supérieurs, tant sa personnalité révélait d’instinct mécanique.

Branger photo. Source: actu.fr/pays-de-la-loire
1905 Hémery sur Darracq. Source: ebay.

Les débuts d’Hémery.
   Attaché au service des essais, son étonnante adresse attira sur lui l’attention du grand patron. M. Darracq lui confia, au début de 1902, une voiture légère sur laquelle Hémery disputa le Circuit du Nord. Et de ce moment, il n’est pour ainsi dire pas d& grande épreuve qui n’ait vu cet excellent conducteur au départ… et souvent à l’arrivée.
   Il s’aligna dans Paris-Madrid, il courut trois épreuves consécutives du Circuit des Ardennes — son triomphe dans celui de 1905 est encore présent à la mémoire de tous — il disputa les deux épreuves de la Coupe Florio, faisant dans la première ses débuts sur grosse voiture, il faillit se qualifier aux dernières Eliminatoires, il clôtura enfin sa saison par une belle victoire dans la seconde Coupe Vanderbilt. Entre temps, Hémery a disputé une quantité innombrable d’épreuves du mille ou du kilomètre en palier et en côte, presque toujours avec bonheur, gagnant en 1904 l’épreuve du Ventoux — il pilotait alors une voiture légère — s’appropriant toute une série de records, depuis le kilomètre et le mille, jusqu’aux 150 kilomètres, qu’il couvrait dès 1902 en i h. 48, sur la route de Salon à Arles.
   On sait enfin que le )o décembre dernier, le premier conducteur de l’équipe Darracq battait superbement le record du kilomètre sur une 200-chevaux à huit cylindres dont nous avons donné une description détaillée. Cette même voiture a trouvé au récent Meeting de Floride l’occasion de manifester une écrasante supériorité de vitesse sur toutes les autres voitures de course mues par un moteur à explosions.

Une belle série de succès.
   Il y a un an à peine, si tous les connaisseurs appréciaient la valeur d’Hémery en tant que conducteur, il manquait encore a notre héros la consécration d’une grande victoire pour connaître la faveur populaire. Il a depuis fait bonne mesure à ses admirateurs. Si dans les éliminatoires françaises, les hasards de la course lui enlevèrent tout espoir de triompher, en dépit d’une marche exceptionnellement rapide sur les cent premiers kilomètres, il a prouvé ensuite qu il n’y avait là-dedans rien qui lui fût imputable.
   Au Circuit des Ardennes de 1905, il enlevait la première place triomphant du lot redoutable des Panhard. Sa course fut toute de vitesse et de régularité.
   Ce premier triomphe, joint aux incontestables qualités des étonnantes voitures Darracq, fit d Hémery le grand favori de la Coupe Florio, courue sur le circuit de Brescia. Il partageait les honneurs de la cote avec Lancia et Rougier.
   Cette course de Brescia par l’abondance des neutralisations, car une longue incertitude sur le résultat final, demeure le modèle du genre… à ne pas imiter. Longtemps on crut que le vainqueur serait Durav ou Lancia, ou Hémery, Dietrich, Darracq ou Fiat. A la surprise générale, Raggio, auquel personne ne songeait, fut proclamé premier. Quelques concurrents énervés par cette attente des résultats plus peut-être que par leur effort, s’abandonnèrent à leur caractère. Hémery fut le plus fougueux et s’oublia jusqu’à injurier les officiels. Tête chaude et bon cœur, le conducteur des Darracq, qui ne connait point la rancune, regretta immédiatement ce mouvement de colère, mais il fallait une sanction, Hémery fut disqualifié.
   La coupe Vanderbilt approchait et M. Darracq se voyait avec peine privé de son meilleur homme. Il fit valoir la franchise des regrets exprimés par Hémery, sollicita ‚l’indulgence, et finit par obtenir gain de cause. Le vainqueur des Ardennes franchit l’Atlantique.
   On sait toute la beauté et toute la signification de sa victoire. J’estime qu’Hémery, après l’arrêt malheureux de Lancia, joua avec Heath comme le chat avec la souris. Il se paya entre autres un passage à la corde dans un virage à angle droit qui fit courir un frisson sur l’épiderme des spectateurs.

Ce que vaut l’homme.
   Aussi bien sous le rapport professionnel que sous le rapport privé, il me paraît qu’Hémery n’est pas exactement jugé. On le considère trop souvent comme un téméraire emballé. Assurément, tous ceux qui, passant par Suresnes pendant la période des essais, voient Hémery circuler dans des rues étroites à plus de 60 à l’heure, jugent qu’il a perdu tout bon sens. Il est simplement adroit et il est sûr de sa voiture, parce qu’il en a fait lui-même amoureusement la mise au point. En course et au rebours de ce qu’on croit, Hémery est un prudent. Sa prudence n’exclut pas l’audace, mais cette audace est froidement raisonnée. Peu de conducteurs ont au même degré que lui cette fermeté de direction qui caractérise sa marche ; peu savent prendre, avec la même spontanéité, une décision rapide qui est la bonne. Son énergie comme son sang-froid sont hors de toute discussion et je le tiens, quant à moi, pour un des deux ou trois meilleurs coureurs français.
C. FAROUX.

Hémery
Le triomphateur du Circuit des Ardennes et de la Coupe Vanderbilt, est l’homme dont on parle le plus en ce moment. Dans le monde du „Sport automobile“, on est porté à croire qu’Hémery jouera un rôle prépondérant dans les épreuves de cette saison.

Schreibe einen Kommentar